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Introduction 1Les technologies de l’information et de la communication TIC sont omniprésentes et façonnent notre façon de vivre, de travailler et d’interagir. Elles sont devenues les instruments d’une nouvelle société caractérisée par la multiplication des échanges de données et d’informations dans un contexte d’innovation rapide et d’accroissement accéléré des marchés George et Granjon, 2008. Cependant, le même clavier et les mêmes informations ne suffisent pas à créer une égalité » Wolton, 2003 p. 32. Malgré l’informatisation de la société et l’introduction des TIC dans l’ensemble du corps social, il existe des ruptures ou des fractures numériques » basées sur le revenu, le niveau d’éducation, le capital culturel/social et l’âge. L’expression de fracture numérique » désigne le fossé entre, d'une part, ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l'information et de la communication TIC pour leur accomplissement personnel ou professionnel et, d'autre part, ceux qui ne sont pas en état de les exploiter faute de pouvoir y accéder par manque d’équipements ou d'un déficit de compétences » Kiyindou, 2007 p. 1. En tenant compte de l’existence de ces fractures numériques », les données de Statistique Canada 2010 révèlent que 94 % des ménages ayant un revenu supérieur ou égal à 85 000 $ par année utilisent Internet comparativement à 56 % des ménages dont le revenu est inférieur ou égal à 30 000 $. En 2007, ces proportions respectives étaient de 90 % et de 48 %. En ce qui concerne la fracture numérique » liée au niveau de scolarité, les données de Statistique Canada indiquent que 89 % des personnes ayant au moins fait des études postsecondaires partielles utilisaient Internet en 2009, comparativement à 66 % des personnes n'ayant pas fait d'études postsecondaires. Cette fracture a rétréci, puisque ces proportions étaient respectivement de 84 % et de 58 % en 2007 Statistique Canada, 2010. L’écart le plus élevé entre ceux qui ont accès à l’informatique connectée et ceux qui en sont dépourvus reste lié à l’âge plus on vieillit, moins on a accès à Internet. En effet, parmi les aînés, environ la moitié 51 % des personnes âgées de 65 à 74 ans utilise Internet, contre 27 % des personnes âgées de 75 ans et plus Statistique Canada, 2010. Cependant, il existe une fracture numérique » qui n’est souvent pas prise en compte dans les statistiques c’est la fracture liée aux inégalités d’usages des technologies numériques. Plus que la question de l’accès et de l’équipement, ce sont les disparités liées à la qualité de l’utilisation et aux perceptions, c’est-à-dire les multiples façons de profiter des potentialités de l’Internet qui accentuent la fracture numérique de second degré » des personnes âgées Michel et al, 2009. Dans cette contribution, il s’agit en premier temps d’explorer cette fracture de second degré » qui reste la plus discriminante envers les personnes âgées équipées et connectées. Dans une seconde partie, nous proposons au lecteur la perspective originale proposée par les tenants de l’approche critique en communication pour aborder la question complexe de la fracture numérique » Granjon, 2004 et 2009 ; George et Granjon, 2008. La dernière partie sera consacrée à la présentation des résultats d’une étude de terrain portant sur la fracture numérique de second degré » et réalisée par une équipe de chercheurs belges. Cette recherche a été conduite afin de guider les programmes d’action des politiques publiques en matière de réduction de la fracture numérique de second degré ». 2C’est en 1995 que l’expression digital divide ou fracture numérique » est évoquée pour la première aux États-Unis par le sociologue Long-Scott 1995 en décrivant les risques d’exclusion des plus pauvres et des communautés minoritaires quant à l’accès aux technologies de communication Rallet et Rochelandet, 2004. Depuis, l’expression a fait l’objet de débat et se réfère à de nombreuses facettes de la numérisation de l’économie et à la diffusion des technologies de l’information et des communications Ben Youssef, 2004. Jusqu’à la fin des années 1990, la notion de fracture numérique de premier degré » renvoyait seulement aux inégalités liées à l’accès à Internet et au matériel informatique. Ainsi, au Canada comme dans tous les pays industrialisés, une course est lancée pour brancher » à Internet tous les ménages et les provinces afin d’éviter d’être à l’arrière » du train de la modernité technologique et de l’ère informationnelle. Dès cette époque, les fractures observées au Canada en matière d’adoption des technologies numériques des ménages sont d’ordre matériel accès et matériel, socio-économique le revenu et le niveau d’instruction, générationnel et linguistique, le Québec étant moins connecté en raison du contenu en anglais des sites web Statistique Canada, 1997. 3À partir des années 2000, le milieu académique se penche sur l’analyse des enjeux liés à la fracture numérique » et plusieurs recherches en communication et en sciences sociales observent qu’au-delà des disparités numériques liées à l’accès, il existe des usages inégaux quant à l’utilisation efficiente et efficace de l’informatique connectée DiMaggio et Hargittai, 2002 ; DiMaggio et al. 2001 ; Lelong, 2003. Ce qui est considéré, ce n’est plus seulement la disponibilité du matériel informatique et la connexion à Internet mais l’usage qui en est fait Rallet et Rochelandet, 2004. Selon cette perspective, ce sont plutôt le capital culturel et social, les perceptions, le savoir-faire et les compétences techniques ou la culture organisationnelle qui sont mis en avant au moment de mesurer les disparités discriminantes Jauréguiberry, 2012. Les études de terrain portant sur les compétences numériques relèvent l’existence d’un écart ou skills gap lié aux aptitudes des individus en matière d’usages des technologies numériques. Les travaux distinguent principalement trois niveaux de compétences numériques les compétences instrumentales, informationnelles et stratégiques Brotcorne et Valenduc, 2009. Les compétences instrumentales concernent en premier lieu la capacité de manipulation des matériels et logiciels. Elles ont trait également aux capacités techniques et aux capacités de raisonnement pour faire face aux bogues, aux virus et autres aléas techniques quotidiens 2009 p. 53. Quant aux compétences informationnelles, elles renvoient aux aptitudes à chercher, sélectionner, comprendre, évaluer et traiter l’information Kling, 1998 ; Hargittaï, 2002 ; Selwyn et al., 2005 ; Vendramin et Valenduc, 2003. Depuis le développement des contenus d’information et des services en ligne, les compétences informationnelles sont désormais nécessaires pour utiliser les procédures de navigation, les hypertextes, les moteurs de recherche, les forums de discussion, les services interactifs ou coopératifs du web De plus, notent les auteurs cités supra, dans un contexte d’offre informationnelle surabondante, il s’agit d’acquérir l’habilité à sélectionner le contenu recherché sur le web et par la suite être capable d’en évaluer la qualité sachant que les sources d’information proviennent de médias et d’auteurs de plus en plus diversifiés. Enfin, les compétences stratégiques sont liées à l’aptitude à utiliser l’information de manière proactive, à lui donner du sens dans son propre cadre de vie et à prendre des décisions en vue d’agir sur son environnement professionnel et personnel. 4Cependant, pour Fabien Granjon 2004, envisager la fracture numérique » qu’en termes de compétences numériques serait une erreur. Autrement dit, on peut avoir des usages efficients des technologies numériques tout en appartenant aux couches les plus défavorisées, mais ces usages avancés ne sont pas nécessairement de même nature que ceux des couches supérieures. Pour mieux saisir le fossé numérique, il ne faut pas simplement appréhender les fractures numériques’ comme des clivages technologiques socialement différenciés et dépendant d’une variabilité des déterminants au niveau des processus d’équipement ou d’adoption [mais les considérer] plutôt comme des écarts de pratique constitutifs d’inégalités sociales du monde et qui structurent les usages au-delà même de leur stabilisation » Granjon, 2004 p. 225. Cette analyse de la fracture numérique » converge avec celle de Patricia Vendramin et Gérard Valenduc expliquant que les inégalités liées à Internet ne sont pas révélatrices de nouvelles divisions sociales, elles sont l’expression dans le champ des technologies de l’information et de la communication d’inégalités sociales, économiques, géographiques et culturelles largement préexistantes à l’expansion d’internet » 2002 p. 29. 5L’usage des technologies est également dépendant de l’offre technologique, c’est-à-dire des services informationnels offerts en ligne et le design du matériel informatique. Ces facteurs constituent des éléments importants sinon vitaux pour les personnes âgées. L’étude la plus élaborée en la matière reste celle de Shirley Ann Becker 2004 qui décrypte minutieusement 125 sites web offrant des informations sur la santé. Pour l’auteure, la majorité de ces sites web présentent des nombreux défauts de conception pour les personnes âgées et la navigation y est tellement complexe qu’elle ne s’adresse qu’aux initiés d’Internet. La chercheure découvre que ces sites web ne tiennent pas compte des problèmes liés à la vision, la cognition et la motricité des utilisateurs âgés. Grâce à un test d’utilisabilité, les résultats de son étude montrent que 93 % des sites web utilisent de petites polices de caractère et affectent négativement la lisibilité du site ; 24 % nécessitent une utilisation complexe de la souris pour naviguer, ce qui pose une barrière pour ceux qui ne peuvent pas se servir pleinement de leurs mains ; 30 % présentent un contenu informationnel accessible uniquement pour les personnes ayant une formation universitaire ; un grand nombre de sites sont en anglais, excluant ainsi les communautés ethnoculturelles parlant l’espagnol. Si ces barrières sont persistantes, elles constituent un enjeu majeur puisque les personnes âgées consultent souvent les services et les informations relatifs à la santé Michel et al, 2009. 6La recherche de Shirley Ann Becker citée supra a le mérite de montrer que la ligne de fracture numérique » grise liée aux usages et à l’offre technologique est difficilement observable dans les statistiques nationales. Cependant, les gouvernements amorcent depuis les dernières années des stratégies afin de réduire la fracture numérique de second degré » concernant les personnes âgées. À titre d’exemple, voici ce que le gouvernement français prévoit dans son plan de développement de l’économie numérique un outil d’aide à l’équipement et de formation aux usages du numérique, à destination des seniors sera expérimenté pour leur permettre d’accéder plus facilement aux réseaux numériques […] et créer une offre globale “matériel, connexion, formation” […] pour favoriser la confiance et les usages des TIC auprès des seniors Besson, 2008. 7Mais suffit-il de former les seniors aux technologies et d’adapter le contenu et le matériel informatique pour régler la question de la fracture numérique de second degré » ? Pour les auteures Carole-Anne Rivière et Amandine Bruguière 2010, le défi du design des ordinateurs et d’Internet adressés aux aînés réside dans leur incapacité à dépasser certains stéréotypes associés au vieillissement. Leurs arguments s’appuient sur l’exemple de l’ordinateur Magui imaginé par la société Simplistay et disposant de quatre fonctions centrales de communications représentées par les icônes sur l’écran, soit le téléphone, les courriels, photos et messages ; cependant, aucune fonction ne donne accès à la navigation. Pour les auteures, les objectifs et les publics pour lesquels ces ordinateurs simplifiés ont été conçus ont mis l’accent sur certaines difficultés que connaissent les personnes en situation de grande perte d’autonomie. Or, toutes les personnes âgées n’ont pas des problèmes d’ordre physiologiques qui les empêcheraient d’utiliser les interfaces numériques. Ces offres technologiques risquent en effet de maintenir une vision de la vieilliesse comme une moindre capacité à faire, à apprendre, à interagir » Rivière et Bruguière 2010 p. 37. À ce propos, notent-elles, les dispositifs technologiques modifiés tels que les ordinateurs simplifiés sont parfois mal pris par les personnes âgées, car ces derniers les renvoient à une image dévalorisante » d’eux-mêmes et présentent des marqueurs d’âge » qu'ils refusent de porter. Pour ces auteures, les services de design mettent souvent l’emphase sur l’accessibilité et oublient que les seniors sont également des êtres désirants ». Il ne suffit pas de répondre uniquement aux besoins des personnes âgées, il faut également tenir compte des désirs et des aspirations de chacun » Rivière et Bruguière, 2010 p. 39-40. Si les services de design doivent dépasser ce défi de répondre à la fois aux besoins et désir des aînés, ils font également face à un autre écueil, c’est le risque de considérer les aînés comme étant une entité socialement homogène. C’est le point de vue défendu par le sociologue Vincent Caradec 2001 qui considère que les aînés constituent en effet une catégorie d’une grande hétérogénéité, avec ses différences et dynamique internes, et composés d’individus vivant de façon différenciée les épreuves du vieillissement. 8Pour un usage pertinent des technologies numériques, il faut également considérer l’importance du contexte plus large des identités sociales et configurations relationnelles des personnes âgées, c’est-à-dire la diversité et la labilité des rôles qu'une même personne peut endosser d'un espace social comme la famille ou le travail à un autre, et donc les variations de comportements vis-à-vis des nouvelles technologies » Lelong et al., 2004 p. 1. C’est ce que propose notamment l’approche critique en communication qui adopte une perspective permettant d’analyser les usages des TIC sous des angles généralement peu exploités George, 2012. L’approche critique en communication pour aborder les usages des TIC 9Pour les tenants de l’approche critique en communication, les recherches portant sur les fractures numériques » souffrent dans bien des cas d’une absence de mise en contexte des usages des TIC. Autrement dit, ce qui est ignoré, c’est, par exemple, les appartenances sociales et les conditions de vie dans lesquels les usages sont insérés Granjon, 2009. La fracture numérique » est perçue non comme un constat prenant acte de disparités sociales existant par rapport aux TIC mais comme un concept à part entière […] qui n’est pas un simple descripteur de la réalité mais pose d’une manière particulière le problème de l’appropriation et des usages des outils de communication au regard des rapports de domination, de la reproduction des valeurs du système social, de la formation des classes et des identités collectives » Granjon, 2004 p. 226. Lorsque des données par ailleurs fort intéressantes sont collectées sur les usages différenciés des TIC, très peu d’informations sont par contre livrées sur les profils des seniors utilisateurs d’Internet, comme par exemple l’identité sociale, les trajectoires socioprofessionnelles et les conditions d’existence. Or, n’est-il pas fondamental de s’intéresser à ce qui se passe hors des usages d’Internet comme par exemple les caractéristiques sociales des personnes âgées, les activités de la vie quotidienne, les lieux d’habitation, les relations avec le personnel soignant, les liens avec les membres de la famille ? Dans cette optique, Maria Sourbati 2009 souligne que l'expérience sociale et culturelle des seniors a un impact sur l'usage et l'adoption d'Internet. Benoit Lelong 2003 abonde dans le même sens et souligne qu’une sous-utilisation des TIC n’est pas nécessairement liée à un manque de compétences mais à des configurations identitaires relationnelles ». Dans sa recherche sur l’analyse du point de vue des personnes âgées sur les usages des TIC et de l'administration électronique publique en Angleterre, la sociologue montre que l'usage d'Internet par le groupe du troisième âge est stratifié, les seniors usagers les plus nombreux étant ceux appartenant à la classe moyenne, éduqués et bien nantis. Ce point de vue rejoint celui de Cherry Russell, Andrew Campbell et Ian Hughes 2008 de l’Université de Sydney en Australie qui ont conduit une enquête de terrain afin d’analyser les liens entre l’usage d’Internet et le capital social. Les auteurs, en mettant du bémol à l’image dorée souvent dépeinte par les médias des silver surfers, montrent que ces derniers ont généralement un statut socio-économique plus élevé, sont en bonne santé, et ne représentent pas toutes les personnes âgées qui n’ont pas accès aux TIC et ce, pour des raisons concernant les enjeux liés à l’accessibilité, le coût et l’intérêt pour la technologie, les compétences et les perceptions. L’expression de silver surfers, largement répandue dans les médias anglo-saxons et relayée par les essayistes, désigne les personnes âgées très actifs » sur Internet, confiants » et compétents » en matière de technologies numériques et surtout adoptant une perception positive du vieillissement Cody et al., 1999 et de Choudrie et al., 2013. 1 “Go on the internet — or lose access to government services, Francis Maude tells pensioners”, The T ... 10Dans les discours sur les potentialités des technologies et ce qu’elles peuvent apporter aux individus, on a souvent tendance à exagérer leurs capacités à transformer le social et surtout à rendre plus autonome tout utilisateur des technologies de l’information et de la communication. La technologie est censée être le remède à tous les maux dont souffrent les aînés si les personnes âgées sont isolées, la communication via Internet avec les aides-soignants leur facilitera la vie ; plus besoin de se déplacer et de rencontrer le pharmacien, le renouvellement des médicaments se fait en ligne ; en somme, la technologie possède le potentiel d’améliorer les conditions de vie des personnes âgées. Il ne suffit plus de savoir bien utiliser les TIC, mais également d’adopter un mode de vie hyperindividualiste » qui s’impose à tous. Dans ce sens, en poursuivant la réflexion de Fabien Granjon 2009, nous considérons que les discours en faveur de la réduction de la fracture numérique grise du premier ou second degré » sont souvent porteurs de normes sociétales. Celles-ci exigent des seniors non plus l’acquisition d’un savoir-faire » pour maîtriser les rudiments des TIC mais également de l’adoption d’un savoir-être », celui de l’individu autonome, indépendant et actif. C’est un style de vie couplé d’un impératif numérique auquel les seniors n’y peuvent échapper une personne âgée se doit d’acquérir l’expérience positive que procurent les usages des TIC, peu importent ses conditions de vie, ses caractéristiques socioculturelles et son parcours de vie. L’exemple parfait de ce genre d’argumentation nous est donné par le ministre britannique Francis Maude qui recommande fortement aux aînés d’utiliser les services d’Internet sous peine de perdre la pension de vieillesse octroyée par le gouvernement1. Pour ce ministre, le gouvernement devrait adopter l’approche des compagnies aériennes offrant la majorité de leurs services en ligne et les aînés devraient de facto s’adapter à cette nouvelle réalité ». 11Pour les chercheurs d’orientation critique en communication, l’existence d’inégalités numériques révélerait des formes d’inégalités sociales générées par les structures d’un système économique, politique et social particulier Granjon, 2009 ; George, 2004. Les ressources économiques, sociales et culturelles sont inégalement reparties dans la société. Ceux qui sont déjà en possession de ressources préalables tirent davantage de bénéfices de la nouvelle ressource que constituent l’utilisation des TIC et d’Internet Brotcorne, Damhuis, Laurent, Valenduc et Vendramin, 2010. Ainsi, s’il existe des défavorisés numériques, ils sont la plupart du temps des défavorisés sociaux Granjon, 2009. En d’autres termes, la fracture numérique de second degré » est révélatrice des défis sociétaux liés à la paupérisation des personnes âgées. 12La pauvreté est considérée comme un concept important pour analyser les inégalités sociales. Les statistiques sur la pauvreté des personnes âgées sont équivoques en particulier au Québec les personnes âgées de plus 65 ans sont de plus en plus pauvres et endettées. C’est le constat que fait en 2011 l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques IRIS. Dans sa note socio-économique, cette organisation de recherche basée à Montréal dévoile que le Québec a connu entre 1996 et 2008 une augmentation importante du nombre de personnes âgées qui sont passées sous la mesure de faible revenu. Au-delà de la paupérisation des seniors, la part d’endettement des personnes âgées de plus de 65 ans reste également préoccupante. Le phénomène de l’endettement touche aujourd’hui la majorité de la population, souligne Ève-Lyne Couturier auteure de la note de l’IRIS, mais il s’agit d’une situation particulièrement difficile à gérer pour les personnes âgées assujetties à un revenu relativement fixe avec peu de possibilités de gagner des montants d’appoint » 2011 p. 2. 13Si la pauvreté des personnes âgées est largement tributaire des facteurs d’ordre socio-économiques, les politiques publiques ont notamment des incidences sur la vie des personnes âgées. Les chercheurs de l’Université Laval, Jean-Yves Duclos, Nicholas-James Clavet, Bernard Fortin et Steeve Marchand 2012 estiment que la réforme récente du gouvernement fédéral canadien sur la sécurité de la vieillesse risque de grossir les rangs des aînés vivant sous le seuil de pauvreté au pays. En effet, le gouvernement fédéral a annoncé dans le budget de 2012 qu’il fera passer graduellement l'âge de la retraite de 65 à 67 ans. Cette hausse de l’âge d’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti fera passer la proportion d’individus de 65 et 66 ans sous le seuil de faible revenu de 6 % à 17 %, notent les économistes de l’Université de Laval. 14Les inégalités sociales ne peuvent donc pas être séparées de l’analyse de la fracture numérique de second degré ». Les pays européens, surtout la Belgique Brotcorne, Dekelver, Mertens, Nicolay et Valenduc, 2010 sont pour le moment parmi les premiers à reconnaître dans leur politique publique de réduction de la fracture numérique de second degré » l’existence de liens entre inégalités sociales et disparités numériques. La fracture numérique de second degré » dans les programmes publics d’inclusion numérique l’exemple de la Belgique 15Pour réduire la fracture numérique de second degré » liée aux inégalités dans les compétences d’utilisation d’Internet et des technologies de l’information et de la communication, il faut donc agir sur la construction des compétences, à travers des programmes de formation continue et d’accompagnement des utilisateurs, destinés en priorité à des groupes sociaux identifiés comme potentiellement défavorisés en termes de ressources cognitives et sociales Brotcorne et al, 2010. C’est l’option prise par plusieurs plans d’action nationaux d’inclusion numérique qui ont donné une attention particulière à la fracture numérique au second degré », notamment en Belgique, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas ibid.. La réunion des ministres de 34 pays européens lors de la déclaration ministérielle de Riga Lettonie en juin 2006 a posé les premiers jalons des politiques publiques d’e-inclusion. À la déclaration de Riga, les gouvernements européens s'engagent en faveur d'une société de l'information accessible fondée sur l'inclusion et ont approuvé une action paneuropéenne visant à aider les citoyens à remédier à leurs désavantages économiques, sociaux, scolaires, géographiques ou liés à un handicap au moyen des technologies de l'information et de la communication Commission européenne, 2006. En matière d’utilisation d’Internet, l’Union européenne s’est alors donnée pour objectif de réduire de moitié, d’ici 2010, les disparités entre la moyenne de la population et certains groupes défavorisés, notamment les personnes âgées, les personnes handicapées, les minorités ethniques, les personnes ayant un faible niveau d’éducation, les demandeurs d’emploi, les disparités liées au genre ainsi que les habitants des régions moins développées. Pour ce faire, la déclaration de Riga cible 6 priorités les besoins spécifiques des travailleurs âgés et des seniors, les inégalités géographiques, l’e-accessibilité et la facilité d’utilisation des TIC, l’éducation et les compétences numériques, la diversité culturelle dans l’univers numérique et la qualité des services publics en ligne e-gouvernment pour tous. Les ministres se sont particulièrement engagés à traiter d’urgence la fracture numérique de second degré » concernant les personnes âgées puisque, remarquent-ils, la proportion des personnes âgées de plus de 65 ans qui utilisent l'Internet n'est que de 10 % dans l'Union européenne. 16Dans ce qui suit, nous présentons les recommandations des chercheurs belges pour un plan d’action national de réduction de la fracture numérique de second degré ». 17La Belgique s’est engagée en 2003 à mettre en place un plan national 2005-2010 de lutte contre la fracture numérique ». L’objectif général du plan est de réduire d’un tiers, dans les 5 années à venir, le nombre de personnes non-utilisatrices dans les différentes catégories de la population, grâce à trois leviers la sensibilisation, la formation et l’amélioration de l’accès aux TIC. Une deuxième phase de ce programme a été lancée pour la période 2011-2015. Les orientations et les propositions de la mise en œuvre de cette seconde phase ont été confiées à une équipe de chercheurs du Centre de recherche Travail & Technologies de l’Université de Louvain Brotcorne, Damhuis, Laurent, Valenduc et Vendramin, 2010. L’objectif de cette recherche commanditée par le gouvernement fédéral belge n’est pas l’étude des usages en soi, précisent les auteurs, mais plutôt la mise en perspective de ces usages par rapport à des enjeux sociétaux posés en termes de risques d’inégalités ou d’exclusion. Cinq sphères constitutives de l’inclusion sont prises en compte dans l’étude les activités sociales les interactions sociales avec la famille ou les amis, ou à l’intérieur d’un groupe culturel ou d’une communauté, les activités productives l’engagement dans une activité productive, comme le travail rémunéré, l’éducation ou la formation, les activités politiques, sociales ou citoyennes, les activités de consommation privée/publique, le développement personnel l’autonomie et l’estime de soi. La question est de savoir si les usages des TIC favorisent l’intégration ou si, au contraire, ils créent ou renforcent l’exclusion dans ces cinq domaines. Les résultats de leur étude montrent que ces sphères apparaissent en interaction avec l’usage des TIC mais de manière très inégale, et rarement toutes ensemble. Afin de remédier à cette situation d’inégalités numériques, les auteurs proposent les recommandations présentées ci-dessous il est nécessaire de repenser la catégorisation des profils des seniors pour la lutte à la fracture numérique de second degré » les quinquagénaires ne doivent pas être considérés automatiquement comme des publics vulnérables puisque ces derniers présentent des profils très contrastés tantôt vulnérables, tantôt peu vulnérables en termes d’usages ; comme dans toutes les situations où une nouvelle norme sociale émerge et tend à s’imposer, il est important d’éviter la stigmatisation des comportements qui s’écartent de la norme. Il est important donc de maintenir ouverts des canaux de prestation de service et de communication autres que le tout Internet ». Cela évitera la mise à l’écart de ceux qui n’adoptent pas spontanément les nouveaux modèles d’usages et de comportements ; les politiques en matière de société de l’information reposent souvent sur la présomption qu’un développement accéléré de l’offre de services et de contenus en ligne va entraîner ipso facto une sorte de démocratisation de l’utilisation des TIC. La logique de l’offre est censée avoir des retombées positives pour tous les utilisateurs, en termes de diversité ou de disponibilité. Les résultats de la recherche montrent que les utilisateurs n’adoptent pas nécessairement les comportements qui ont été formatés pour eux. Il serait utile de s’intéresser davantage aux interfaces d’accès qu’aux contenus et aux services, notamment en favorisant leur facilité d’usage. Il est également important de penser les contenus et la structuration des contenus en termes de signification pour les utilisateurs ; la vulnérabilité numérique reste, en partie, influencée par des facteurs tels que l’âge, le genre et le niveau d’instruction, mais d’autres marqueurs de vulnérabilité interviennent le degré d’autonomie, le niveau de compétences TIC, le support social disponible, le sens et la valeur symbolique attribués aux TIC, le degré d’exposition aux comportements à risques, la capacité de faire des choix et de maîtriser sa trajectoire d’usages. Les résultats de la recherche plaident en faveur d’une approche résolument transversale de la lutte contre les inégalités numériques. C’est pourquoi, sur le plan politique, il est nécessaire de mieux articuler le plan d’action national de lutte contre la fracture numérique » avec les initiatives qui combattent d’autres formes d’inégalités sociales ; il y a nécessité de renforcer l’imbrication des politiques d’inclusion numérique et des politiques d’inclusion sociale. Une action sur les seuls aspects technologiques est insuffisante. L’imbrication de l’inclusion numérique et de l’inclusion sociale est notamment nécessaire dans les domaines de l’insertion professionnelle, de l’enseignement et de l’éducation aux médias ; sur le plan de la formation en matière de compétences numériques, il est nécessaire de mettre au point une définition plus précise de ce qui constitue, aujourd’hui et demain, le noyau des compétences de base pour permettre l’inclusion numérique. Les résultats de la recherche suggèrent que ce noyau de compétences ne relève pas seulement de la formation aux TIC, mais aussi de l’éducation aux médias, ainsi que de l’éducation à la participation sociale et à la citoyenneté en général. Dans les politiques publiques en matière de formation et d’accompagnement, cet objectif peut être développé à travers de nouvelles pratiques de formation et de nouvelles formules d’accompagnement axées sur les capacités, au-delà des compétences. 2 Voir par exemple le billet de l’écrivain Hervé Fisher paru dans le journal Le devoir et qui appelle ... 18Les résultats de cette recherche menée en Belgique plaident en faveur d’une approche résolument transversale de la lutte contre les inégalités numériques liées à la fracture numérique de second degré » et touchant les personnes âgées. À l’instar des pays de l’Union européenne, le Québec présente un retard considérable en la matière. Le milieu académique et la société civile critiquent l’absence d’un engagement de la part des gouvernements successifs depuis 2003 d’une politique de développement d’un plan numérique pour le Québec2. Conclusion 19Pour les recherches à dimension critique, les méthodes utilisées pour étudier les disparités dans l’accès aux TIC, c’est-à-dire essentiellement diverses enquêtes statistiques, s’avèrent moins pertinentes quand il s’agit de comprendre les disparités en termes d’usages et de les relier avec les enjeux de l’inclusion sociale ou des inégalités sociales Brotcorne et al, 2010. Or, les initiatives autour de la question de la fracture numérique » concernant les personnes âgées ont pour objectif la plupart du temps de réduire les inégalités de nature essentiellement numérique. Sous cet angle, la fracture numérique » est liée à l’accès à l’ordinateur, à la connexion à Internet et à l’offre technologique. Dans certains discours, on évoque même les différences générationnelles pour expliquer les disparités numériques observées, ce qui relève d’un discours simpliste et linéaire de l’âge Eve et Smoreda, 2001. La critique à l’égard des politiques en faveur de la réduction de la fracture numérique grise se situe au niveau de l’argument souvent avancé et peu vérifié sur les capacités des TIC à améliorer les conditions de vie des aînés. Dans cette perspective, la fracture numérique » est envisagée comme entrave à l’autonomie et aux libertés individuelles. Dans l’une ou l’autre de ces visions décrites supra, ce qui est mis sous silence, ce sont les inégalités sociales auxquelles sont soumis les aînés.
Connaître vos droits en matière de protection juridique Notre organisme dispose d’une unité d’information juridique destinée à renseigner les familles sur les moyens de protéger un proche âgé devenu vulnérable procédures de tutelle ou curatelle, mandat de protection future.... Depuis 2005, l’organisme Retraite Plus accompagne les personnes âgées et leurs familles dans leur recherche de maison de retraite. Informer et agir en faveur des aînés et de leurs droits, fait partie de nos engagements. Qui protéger et pourquoi ? À quel moment mettre en place une mesure de protection juridique ? Avec le grand-âge, une personne peut devenir vulnérable, notamment à la suite de maladies, et ne plus parvenir à gérer seule ses affaires courantes ni ses biens. C’est la raison pour laquelle un cadre juridique s’impose afin d’aider à protéger les intérêts de la personne âgée. Ces mesures permettent de prévenir le risque d’abus par un tiers, et d’annuler les actes nuisibles que la personne âgée aurait pu commettre en raison de son état. Qui est concerné par cette protection juridique ? Le devoir de protection s’applique envers le père, la mère ou le conjoint, au même titre qu’un enfant, lorsque celui-ci est devenu dépendant. Selon l’article 490 du code civil, les personnes concernées sont celles dont l’altération des facultés mentales ou corporelles est médicalement établie, à savoir les personnes • handicapées mentales • présentant des troubles psychologiques importants • atteintes d’une maladie entraînant la perte de leurs facultés mentales • dont les facultés corporelles sont altérées par une maladie ou un accident • victimes d’une dépendance aggravée alcoolisme, toxicomanie etc.. Comment protéger la personne âgée grâce à la protection juridique ? Il convient d’abord de s’assurer que les règles relatives aux régimes matrimoniaux et le système de procuration ne sont pas suffisants ou adaptés. Si c’est le cas, on pourra mettre en place des mesures de protection juridique comme le mandat de protection future, la sauvegarde de justice, la curatelle ou la tutelle. Cette demande ne peut être faite que par la personne elle-même, par un membre de la famille ou par un médecin. Il existe 6 mesures différentes de protection juridique. La sauvegarde de justice Il s’agit d’une mesure souple et temporaire de protection immédiate. Elle ne peut dépasser 1 an, renouvelable une fois par le juge des tutelles. La demande doit comporter • Le certificat médical circonstancié établissant l’altération des facultés • L’identité de la personne à protéger • L’énoncé des faits qui appellent cette protection• Le formulaire de demande cerfa n°15424*01 dûment rempliEffets de la sauvegarde de justice La personne protégée conserve le droit d’accomplir tous les actes de la vie civile, sauf ceux confiés au mandataire. Celui-ci est choisi en priorité parmi les proches. Si c’est impossible, un professionnel agréé sera désigné. L’habilitation familiale Plus simple à obtenir et à mettre en place qu’une tutelle ou une curatelle, l’habitation familiale donne l’autorisation à un membre de la famille d’une personne âgée reconnue inapte, de prendre des décisions administratives à sa place. Cette mesure prend fin à l’expiration du délai fixé ou au décès de la personne. Effets de l’habilitation familiale L’habilitation peut être générale ou limitée à certains actes. La curatelle pour personne âgée Ce régime s’applique aux personnes qui ont besoin d’être assistées dans les actes de la vie civile. Il existe 3 degrés de curatelle 1. Simple la personne accomplit seule les actes de gestion courante mais doit être assistée pour des actes plus Aménagée le juge énumère les actes que la personne peut faire seule. 3. Renforcée le curateur perçoit les ressources de la personne et règle ses dépenses sur un compte ouvert au nom de celle-ci. La demande doit comporter • Un certificat médical circonstancié• L’identité de la personne à protéger• L’énoncé des faits • Le formulaire de demande cerfa 15424*01 dûment rempli. La tutelle pour personne âgée Cette mesure s’adresse à une personne majeure ayant besoin d’être représentée de manière continue dans les actes de la vie civile du fait de l’altération de ses facultés. Le juge fixe la durée, qui ne peut excéder 5 ans 10 ans dans certains cas, depuis la réforme de février 2016. La demande doit comporter • Un certificat médical circonstancié• L’identité de la personne à protéger • L’énoncé des faits • Le formulaire de demande cerfa n°15424*01 dûment rempli. Effets de la tutelle La personne protégée ne prend seule que les décisions relatives à sa personne ou à sa famille. Le tuteur peut effectuer seul les actes d’administration. Toute décision concernant les actes de disposition vente d’un bien, testament devra être autorisée par le juge ou le conseil de famille. Le mandat de protection future Il permet à une personne de désigner à l’avance la ou les personnes qu’elle souhaite être chargées de veiller sur sa personne et sur son patrimoine, lorsqu’elle ne sera plus en état de le faire seule. La demande doit comporter • Un certificat médical circonstancié• L’identité de la personne à protéger• L’énoncé des faits• Le formulaire de demande cerfa n°13592*02 dûment rempli Effets du mandat de protection future Les actes qu’un mandataire peut réaliser sans autorisation du juge diffèrent selon le type de mandat notarié autorisant les actes de disposition du patrimoine ou sous seing privé limité aux actes d’administration. La mesure d’accompagnement social personnalisé Masp ou judiciaire Maj La Masp Cette mesure, mise en œuvre par les services sociaux du département, consiste à aider une personne dont la santé ou la sécurité est menacée par ses difficultés à gérer ses ressources. Sa durée peut varier de 6 mois à 2 ans. La Maj Cette mesure s’impose au majeur un mandataire judiciaire perçoit et gère tout ou partie des prestations sociales de la personne afin de rétablir son autonomie dans la gestion de ses ressources. Sa durée ne peut excéder 2 ans. Important C’est le juge des tutelles qui décidera quelle est la mesure la plus appropriée en appliquant les 3 principes suivants • Le principe de nécessité L’altération des facultés doit être établie médicalement.• Le principe de subsidiarité la protection la plus souple est d’abord examinée. • Le principe de proportionnalité les besoins de protection sont déterminés au cas par cas. Charte des droits et libertés de la personne majeure protégée Le législateur a souhaité garantir à tout citoyen le droit d’être protégé dans le cas où il ne pourrait plus s’occuper seul de ses intérêts. La Charte des droits et libertés de la personne majeure protégée définit les principes éthiques à respecter en cas de protection juridique ARTICLE 1 Respect des libertés individuelles et des droits 2 Non-discrimination. ARTICLE 3 Respect de la dignité de la personne et de son intégrité. ARTICLE 4 Liberté des relations personnelles. ARTICLE 5 Droit au respect des liens 6 Droit à l’information. ARTICLE 7 Droit à l’autonomie. ARTICLE 8 Droit à la protection du logement et des objets 9 Consentement éclairé et participation de la personne. ARTICLE 10 Droit à une intervention personnalisée. ARTICLE 11 Droit à l’accès aux soins. ARTICLE 12 Protection des biens dans l’intérêt exclusif de la personne. ARTICLE 13 Confidentialité des informations. Les réformes juridiques de la protection juridique Le droit de la protection juridique des majeurs a été simplifié par la réforme du 15 octobre 2015, notamment grâce à l’habilitation familiale, qui permet aux familles en mesure de pourvoir seules aux intérêts de leur proche, d’assurer cette protection sans avoir à recourir aux mesures traditionnelles de protection judiciaire. Info utile Le but de Retraite Plus est de faciliter les démarches visant à protéger vos proches. Notre département juridique est là pour vous assister, notamment lors de l’entrée en établissement d’un parent âgé protégé. N’hésitez pas à faire appel à nous au No Vert gratuit 0 800 941 340. Vous cherchez une maison de retraite ou EHPAD pour vous ou pour votre proche? Déclaration CNIL n° 141035 Confidentialité des données Mentions légales
Lorsque l’on vieillit, certaines choses sont plus difficiles à faire qu’avant, la santé est moins bonne et on a globalement besoin d’aide dans différents domaines. Mais alors, qu’est-ce qui est utile aux personnes agées ? C’est utile aux personnes âgées 47% Canne 12% Fauteuil roulant 11% Lunettes 8% Dentier 7% Famille 3% Aide 3% Sonotone 3% Ascenseur Autres sujets de ce niveau Choses autour du cou / Photo bonhomme de neige Pour se déplacer, ils peuvent utiliser une canne, des béquilles voire une chaise roulante. L’ascenseur pour éviter les escaliers. Pour mieux voir, ils portent des lunettes. Pour pouvoir manger, le dentier peut être une bonne solution. Pour mieux entendre, un appareil auditif sonotone est utile. Et de manière générale, ils ont besoin d’aide, notamment par la famille quand c’est possible.
Résumé Index Plan Texte Bibliographie Notes Citation Auteur Résumés A partir d’une enquête réalisée auprès de personnes âgées dépendantes vivant en Éhpad, cet article montre que l’autonomie est une norme prescrite mais elle est peu stabilisée dans les textes. Elle est aussi utilisée comme un outil de communication afin de mettre à distance les représentations sociales négatives associées à ces établissements. Dans un contexte de pénurie de personnel et de rationalisation des soins, l’autonomie apparaît plutôt comme un mirage. C’est plutôt la dépendance totale et entière des personnes âgées à l’égard des soignants qui est la norme. Enfin, nous montrerons que l’expérience de la norme de dépendance est vécue différemment selon les personnes âgées. This article is based on a survey conducted among residents of public nursing homes in France. It shows that this residents' autonomy is a fundamental concept in french old age policies. However the concept is poorly defined and is primarily used as a communication tool by nursing homes to hide the negative social perception associated with them. In a context of lack of staff and rationalization of care, resident's autonomy seems a mirage. The reality in French public nursing homes is rather reflected by resident's total dependency on nurses. Finally, we show that the dependency of nursing home residents is lived differently from one resident to de page Texte intégral 1 Marianne Muller et Delphine Roy, L’Éhpad, dernier lieu de vie pour un quart des personnes décédée ... 2 Sabrina Volant, L’offre en établissement d’hébergement pour personnes âgées en 2011 ». Études et ... 3 Alain Villez, Éhpad la crise des modèles », Gérontologie et Société, 123, 169-184, 2007. 4 Isabelle Mallon, Vivre en maison de retraite. Le dernier chez soi, Rennes, PUR, 2004. 5 Olivier Saint-Jean et Dominique Somme, 2003, Taux d’encadrement et médicalisation des établisse ... 1Depuis le début des années 2000, les maisons de retraite ont été remplacées par des Établissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes Éhpad. Ces structures médicalisées ont une double vocation. Elles accueillent des personnes dépendantes » voire très dépendantes » et les accompagnent dans tous les actes de la vie quotidienne toilette, prise de médicament, repas etc.. Fin 2015, près de 585 500 personnes âgées vivent dans 7400 Éhpad et 97% d’entre elles sont accueillies en hébergement permanent1. Dans ces établissements, près de 89 % des résidents sont évalués comme dépendants » à partir du GIR 4 et 55 % d’entre eux sont très dépendants » GIR 1 à 22. Les Éhpad sont définis par une hybridation3 être à la fois un lieu de vie de la vieillesse le dernier chez soi »4 tout en étant un lieu de médicalisation des existences se rapprochant des services hospitaliers de type unité de soins de longue durée, les Unités de Soins de Longue Durée Usld5. 6 Serge Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, PUF, coll. Le l ... 7 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie e ... 8 Hélène Thomas, Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres, Paris, Editions du Croquant, coll ... 9 L’Allocation Personnalisée à l’Autonomie APA. 2En reprenant les concepts issus du champ de la sociologie de la pauvreté, les personnes âgées accompagnées en Éhpad peuvent être étudiées comme une population marquée par le concept de disqualification sociale qui renvoie au processus de désignation et d’étiquetage ainsi qu’à ses effets sur le plan identitaire6. En effet, c’est en établissant un seuil d’âge 60 ans et un seuil de dépendance GIR 1 à 4, que la société reconnaît les personnes comme dépendantes et les relègue au rang de personnes non autonomes7 » ou de sous citoyens8 » tout en leur apportant une forme d’assistance par le biais du versement d’une allocation9. La dépendance jette donc un discrédit sur cette population reconnue comme telle et cela marque profondément l’identité des personnes. 3Dans cet article nous souhaitons saisir l’expérience sociale de la dépendance dans notre société selon un double objectif celui d’étudier à la fois les cadres normatifs organisant par le haut » les existences des personnes âgées désignées comme dépendantes » et les conséquences de cet étiquetage sur le plan identitaire. En d’autres termes, quelles sont les injonctions normatives dans les politiques de la vieillesse et en particulier celles destinées aux personnes âgées dépendantes ? Comment ces injonctions sont-elles mises à l’épreuve dans les Éhpad par les professionnels et les personnes âgées ? 10 Cet article s’appuie sur une enquête réalisée dans le cadre d’un travail doctoral soutenu à l’Ecole ... 11 L’enquête a été menée au sein de deux établissements gérés par des groupes privés, deux appartenant ... 4Pour réaliser ce travail10, j’ai mené une enquête qualitative combinant des observations participantes à découvert d’un à cinq mois comme stagiaire dans le service des animations au sein de cinq Éhpad11 et cinquante entretiens semi-directifs avec les personnes âgées dépendantes vivant dans ces établissements. J’ai également réalisé des entretiens avec les directeurs de ces structures. 5Nous ferons d’abord un état des lieux des normes structurant les expériences de vie des personnes âgées dépendantes. Nous verrons que l’autonomie est une véritable injonction en Éhpad et qu’elle constitue également un outil de communication pour valoriser les pratiques professionnelles I. Puis, nous montrerons la manière dont cette injonction se révèle être un mirage. En effet, les difficultés rencontrées par les professionnels et le manque de moyens humains ne permettent pas de valoriser l’autonomie individuelle. L’injonction normative est plutôt celle d’une mise en dépendance totale et entière aux professionnels et les comportements faisant part d’une autonomie peuvent être stigmatisés par le personnel. La manière dont les personnes âgées vivent l’expérience de la dépendance dans toutes les dimensions de leur existence, et en particulier, dans les liens qu’elles entretiennent avec les soignants, mérite une attention particulière II. I – L’injonction à l’autonomie en Éhpad 12 Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Delagrave, 1994. 13 Alain Ehrenberg, La société du malaise. Le mental et le social, Paris, Odile Jacob, coll. Science ... 14 Nicolas Duvoux, L’autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion. Paris, PUF, coll. ... 15 Ibid, 1999. 16 Ibid, 2009. 17 Bernard Ennuyer, Les malentendus de la dépendance. De l’incapacité au lien social, Paris, Dunod, co ... 6L’autonomie entendue comme gouvernement de soi »12 est la valeur suprême des sociétés néolibérales13. Elle apparaît être une notion relativement paradoxale pour des individus vulnérables. Pourtant, cette norme est largement diffusée dans les politiques sociales, en particulier, à l’égard des personnes fragilisées sur le marché du travail14. Ces dernières sont considérées comme les maîtres d’œuvre de leur propre existence »15 et l’autonomie est une norme institutionnelle à partir de laquelle elles sont évaluées16. L’autonomie repose donc sur la capacité de déterminer par soi-même les règles de sa conduite en connaissance de cause17 ; elle insiste sur la capacité des individus à être responsables de leur parcours de vie et à être actifs dans leur existence. Ainsi, on peut se demander dans quelle mesure cette injonction est utile pour comprendre la situation des personnes âgées. 7Nous reviendrons sur le glissement sémantique pour désigner les personnes âgées ainsi que ses effets A. Puis, nous montrerons que la notion d’autonomie bénéficie d’une large diffusion dans les politiques de la vieillesse tout en étant floue et peu stabilisée dans les textes législatifs B. Enfin, l’autonomie sera analysée comme un outil de communication pour les Éhpad permettant de rassurer les familles et d’attirer de la clientèle C. A – De la dépendance » à la perte d’autonomie » 18 Ibid, 2004. 19 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie e ... 20 Loi n° 97-60 du 24 janvier 1997. 21 Autonomie Gérontologique Groupe Iso Ressources. 8Le terme de dépendance » est une notion issue du monde médical qui s’est imposée dans le champ de la vieillesse dans les années 1980 pour qualifier les personnes âgées de plus de 60 ans qui, en raison d’incapacités, ont besoin d’être aidées dans les actes de la vie courante18. Cette définition de la dépendance connote ces personnes négativement car elle repose sur un critère bio-médical qui réduit la personne à son incapacité à faire, au détriment de la connotation positive de solidarité et de relation nécessaire aux autres19. À la fin des années 1990, la loi instaurant la Prestation Spécifique Dépendance PSD a officiellement institué la dépendance comme étant l’état de la personne qui, malgré les soins qu’elle est susceptible de recevoir, a besoin d’être aidée pour l’accomplissement des actes essentiels de la vie, ou requiert une surveillance régulière »20. La loi officialise également des seuils de dépendance » évalués objectivement par un algorithme en instaurant un outil de mesure des incapacités la grille nationale AGGIR21. 22 Loi n° 2001-647 du 20 juillet 2001 relative à la prise en charge de la perte d'autonomie des person ... 9En 2001, la loi du 20 janvier crée l’Allocation Personnalisée à l’Autonomie APA en remplacement de la PSD. Cette allocation est une compensation partielle des frais occasionnés par les difficultés de la vie quotidienne. Le changement sémantique de la PSD à l’APA a pour objectif de donner une dénomination plus positive aux personnes âgées souffrant d’incapacités. La loi ne parle plus de dépendance mais de perte d’autonomie » Toute personne âgée résidant en France qui se trouve dans l’incapacité d’assumer les conséquences du manque ou de la perte d’autonomie liées à son état physique ou mental, a droit à une allocation personnalisée d’autonomie permettant une prise en charge adaptée à ses besoins. Cette allocation, définie dans des conditions identiques sur l’ensemble du territoire national, est destinée aux personnes qui, nonobstant les soins qu’elles sont susceptibles de recevoir, ont besoin d’une aide pour l’accomplissement des actes essentiels de la vie ou dont l’état nécessite une surveillance régulière »22. 23 Ibid, 2013. 24 Ibid, 2013 10Ainsi, le terme de perte d’autonomie » est devenu le qualificatif politiquement correct pour désigner les personnes âgées ayant besoin d’être aidées dans leur vie quotidienne. Il met l’accent sur le respect des droits individuels. Cependant, la loi, qui ne définit pas l’autonomie, repose à nouveau sur une approche déficitaire et incapacitaire23. Le terme perte d’autonomie » accentue la confusion entre l’autonomie fonctionnelle », c’est-à-dire la capacité à effectuer par soi-même un certain nombre d’actes de la vie quotidienne et l’autonomie décisionnelle », c’est-à-dire la capacité à déterminer par soi-même les règles de sa conduite en connaissance de cause24. Pourtant, une personne âgée en perte d’autonomie fonctionnelle peut toujours faire preuve d’une autonomie décisionnelle. Ce glissement sémantique est concomitant avec l’émergence de la notion d’autonomie dans les politiques de la vieillesse. B – L’autonomie dans les politiques de la vieillesse 25 Extrait de la Charte des droits et libertés des personnes âgées en situation de handicap ou de dépe ... 11On l’a vu, l’autonomie bénéficie d’une large diffusion dans les politiques sociales. Elle est également visée par les politiques de la vieillesse et en particulier celles destinées aux personnes âgées dépendantes. Par exemple, la Charte des droits et libertés des personnes âgées en situation de handicap ou de dépendance élaborée en 1989 par la commission Droits et Libertés » de la Fondation Nationale de Gérontologie FNG, soutenue dès l’origine par la Ministère en charge des politiques de la vieillesse, puis modifiée en 2007 pour tenir compte de l’évolution de la réflexion gérontologique sur une décennie, réaffirme la citoyenneté et l’inscription dans la société de ces personnes âgées en tant que sujets de droit. L’extrait du préambule de la Charte est révélateur de la manière dont les personnes âgées dépendantes sont définies dans les discours publics. Elle réaffirme des principes reconnus dans la Déclaration de 1789 dont le droit à la citoyenneté et une autonomie pour ces personnes et en particulier leur autonomie décisionnelle. Cependant, l’injonction à l’autonomie apparaît peu stabilisée dans les textes législatifs. Dans certaines dispositions, elle fait écho à l’autonomie décisionnelle tandis que dans d’autres, elle fait davantage référence à une autonomie fonctionnelle brouillant les définitions de cette injonction. Par exemple on peut lire dans cette même charte, l’article 8 spécifiquement dédié à la Préservation de l’autonomie » La prévention des handicaps et de la dépendance est une nécessité pour la personne qui vieillit. La vieillesse est un état physiologique qui n’appelle pas en soi de médicalisation. Le handicap physique ou psychique résulte d’états pathologiques, dont certains peuvent être prévenus ou traités. Une démarche médicale préventive se justifie, chaque fois que son efficacité est démontrée. En particulier, la personne exposée à un risque, soit du fait d’un accident, soit du fait d’une maladie chronique, doit bénéficier des actions et des moyens permettant de prévenir ou de retarder l’évolution des symptômes déficitaires et de leurs complications …. Handicaps et dépendance peuvent mettre la personne sous l’emprise d’autrui. La prise de conscience de cette emprise par les professionnels et les proches est la meilleure protection contre le risque de maltraitance »25. 26 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie e ... 27 Loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement. 28 Ibid, 2013. 12Cet article insiste particulièrement sur une définition incapacitaire et médicale de l’autonomie et des capacités fonctionnelles des personnes âgées, au détriment de leurs capacités décisionnelles26. Plus récemment, la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement27 se réfère à plusieurs reprises à cette conception médicale de l’autonomie et insiste sur ce que les personnes âgées ne savent plus faire sur le plan fonctionnel. Ainsi, l’autonomie est abordée exclusivement du point de vue d’une réduction » et d’une perte » et selon une perspective médicale de prévention. Cela peut conduire à une forme de stigmatisation de ces individus la perte d’autonomie fonctionnelle occulte les ressources et les capacités des personnes âgées souffrant d’incapacités fonctionnelles à déterminer par elles-mêmes leurs règles de conduite en connaissance de cause c’est-à-dire leur autonomie décisionnelle28. Pour les établissements, cette définition floue de l’autonomie est également utilisée pour communiquer sur leurs pratiques d’accompagnement. C – L’accompagnement à l’autonomie en Éhpad un outil de communication 29 Loi n° 2002-2. 30 Nicole Benoit-Lapierre, Rithée Cevasco et Markos Zafiropoulos, Vieillesse des pauvres. Les chemins ... 31 Section 1 Des fondements de l’action sociale et médico-sociale, article 2 de la loi n° 2002-2 rén ... 13Les institutions comme les Éhpad sont régis par la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale29, laquelle a profondément modifié les pratiques professionnelles en mettant explicitement en avant la norme d’autonomie au sein des établissements afin de protéger les personnes âgées dépendantes de leur vulnérabilité. Autrement dit, tout est mis en œuvre dans les textes législatifs pour tenir à distance le plus possible la figure repoussoir du vieillard passif et en relation d’assujettissement avec les soignants30. L’extrait ci-dessous illustre les principes fondateurs des établissements médico-sociaux L’action sociale et médico-sociale tend à promouvoir, dans un cadre interministériel, l’autonomie et la protection des personnes, la cohésion sociale, l’exercice de la citoyenneté, à prévenir les exclusions et en corriger les effets … »31. 32 Section 2 Des droits des usagers du secteur social et médico-social, article 7 de la loi n°2002-2 ... 14L’autonomie renvoie à la citoyenneté et la protection des personnes âgées. Elle est la norme encadrant les expériences de vie des personnes âgées vivant en établissement. L’article 7 de la loi, insiste sur l’affirmation des droits, des libertés individuelles et la dignité des personnes âgées L’exercice des droits et libertés individuels est garanti à toute personne prise en charge par des établissements médico-sociaux. Dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, lui sont assurés Le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité. Une prise en charge et un accompagnement individualisé de qualité favorisant son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins, respectant son consentement éclairé qui doit être systématiquement recherché lorsque la personne est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. A défaut, le consentement de son représentant légal doit être recherché »32. 33 Le livret d’accueil, la charte des droits et libertés de la personne accueillie, le contrat de séjo ... 34 Article 8 de la Charte des droits et libertés de la personne accueillie. 15Dans cet extrait, la médicalisation des existences n’apparaît pas incompatible avec la promotion de l’autonomie individuelle, des libertés et de la citoyenneté des résidents. La loi de 2002 les protège en réaffirmant le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité, de sa sécurité » ; elle insiste également sur le respect du consentement éclairé qui doit être systématiquement recherché ». L’accueil des personnes âgées dépendantes voire très dépendantes ne doit donc pas remettre en question leur autonomie comprise dans sa dimension décisionnelle ». Afin de garantir l’exercice des droits et de l’autonomie des personnes âgées dépendantes, la loi a mis en place sept outils encadrant les pratiques professionnelles et les existences33. Par exemple, la Charte de droits et des libertés de la personne accueillie se compose de douze articles dont l’un est intitulé droit à l’autonomie » Dans les limites définies dans le cadre de la réalisation de sa prise en charge ou de son accompagnement et sous réserve des décisions de justice, des obligations contractuelles ou liées à la prestation dont elle bénéficie et des mesures de tutelle ou de curatelle renforcée, il est garanti à la personne la possibilité de circuler librement. À cet égard, les relations avec la société, les visites dans l’institution, à l’extérieur de celle-ci sont favorisées. Dans les mêmes limites et sous les mêmes réserves, la personne résidente peut, pendant la durée de son séjour, conserver ses biens, effets et objets personnels et lorsqu’elle est majeure, disposer de son patrimoine et de ses revenus »34. 16Le droit à l’autonomie fait référence à la libre circulation, le maintien du lien social et à la détention des biens matériels et financiers pour les personnes âgées. Il est précisé également que le contenu de ce droit peut varier suivant le degré de dépendance des résidents selon les limites définies dans le cadre de la réalisation de sa prise en charge ou de son accompagnement » et des mesures de protection juridique. 17L’analyse des textes législatifs montre que l’autonomie est la norme fondamentale pour encadrer les pratiques professionnelles et les expériences de vie. Toutefois, l’autonomie bien plus qu’une injonction normative dans les établissements, peut également être un outil de communication. En effet, les gérants des Éhpad quel que soit leur statut public ou privé, mettent en avant l’autonomie. Celle-ci est alors porteuse de représentations sociales positives comme le montrent ces deux extraits de brochure de deux Éhpad publics 35 Extrait d’une brochure d’un Éhpad public. 18 Sérénité et bien-être des lieux de vie dédiés à la convivialité, à la détente, à l’autonomie »35. 36 Extrait d’une brochure d’un Éhpad public. 19 Salle à manger, cafétéria, espace d’animation et salon de coiffure permettent aux résidents de participer à des activités visant au maintien de leur autonomie »36. 20Ainsi, l’autonomie est scandée comme un slogan publicitaire pour rassurer les familles et les résidents. Elle apparaît là encore comme un concept flou dont les définitions sont peu stabilisées. Dans ces extraits, les établissements mettent à disposition des lieux de vie dédiés à l’autonomie alors que dans un autre, la référence à l’autonomie est plus implicite 37 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 21 Pour éviter la perte d’autonomie, les personnes âgées sont invitées, en fonction de leurs possibilités et de leurs souhaits à participer aux actes de la vie quotidienne mise de la table, pliage du linge, atelier cuisine, jardinage37. 38 Christophe Bartholomé et Didier Vrancken, L’accompagnement un concept au cœur de l’Etat social ... 39 Ibid, 2005. 22En utilisant les vocables leurs possibilités » et leurs souhaits », c’est l’autonomie décisionnelle qui est directement ciblée. Les actes de la vie quotidienne mentionnés font référence au maintien d’une autonomie fonctionnelle. L’autonomie est donc une aspiration à atteindre dans ces établissements. Cependant, les niveaux d’incapacités des personnes âgées rendent illusoires, dans la pratique quotidienne, la promotion d’une telle autonomie. L’analyse des brochures révèle que c’est plutôt l’accompagnement au maintien de l’autonomie » qui est valorisé. Issu des politiques du handicap cette norme s’est diffusée largement dans les politiques sociales à destination des plus vulnérables38. Elle se caractérise par une approche individualisée et une recherche constante de l’activation des potentialités des personnes. Le contenu méthodologique de la pratique n’a pas été défini par les textes de loi, laissant le concept totalement ouvert sur la pratique39. Ainsi, dans les brochures, l’accompagnement au maintien de l’autonomie est mis en lumière pour répondre aux besoins des personnes âgées fragilisées par leur état de santé 40 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 23 L’ensemble du personnel est formé à l’accompagnement spécifique de la personne âgée. Présent en nombre important, il s’assure au quotidien du bien-être de chacun des résidents et encourage son autonomie, en tenant compte de ses particularités aussi bien psychologiques que médicales »40. 41 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 24 Le personnel formé à la gériatrie s’assure du bien-être des résidents et encourage son autonomie, en utilisant une approche parfaitement adaptée aux personnes âgées »41. 25À travers ces brochures, on remarque la manière dont ces établissements se présentent eux-mêmes pour attirer de la clientèle et rassurer les personnes âgées et leurs familles. Les Éhpad insistent sur les moyens mis en place pour encourager », stimuler, préserver ou restaurer » l’autonomie des résidents. Ces textes sont, la plupart du temps, agrémentés de photographies mettant en scène les soignants dans l’accompagnement aux actes de la vie quotidienne. 26Après avoir réalisé un état des lieux des cadres structurant par le haut les expériences de vie des personnes âgées dépendantes, il convient de s’interroger sur les répercussions de l’injonction à l’accompagnement au maintien de l’autonomie dans la pratique quotidienne au sein des Éhpad. II – Les mirages de l’autonomie en Éhpad 42 Valentine Trépied, Devenir dépendant. Approche sociologique du grand âge en institution, thèse de d ... 27Sur le terrain, la réalité est beaucoup plus contrastée. L’autonomie prônée dans les établissements semble un mirage c’est-à-dire une notion valorisante mais difficile, voire impossible, à appliquer. Un certain nombre d’inégalités structurelles analysées tant du point de vue de l’aménagement de l’espace que des populations accueillies, rendent illusoire la mise en pratique de l’injonction à l’autonomie42. Ainsi, il existe un décalage manifeste entre les discours affichés sur l’autonomie et l’individualisation de la prise en charge. 28Tout d’abord, nous décrirons la mise à l’épreuve dans la vie quotidienne des injonctions institutionnelles à l’accompagnement à l’autonomie » A, puis on s’interrogera sur la manière dont sont perçus les actes quotidiens d’autonomie des résidents B ainsi que leur ressenti concernant les liens de dépendance qu’ils entretiennent avec les soignants C A – La mise en dépendance des existences 43 Catherine Mercadier Le travail émotionnel des soignants, Paris, Seli Arsan, 2008. 29L’accueil d’une population aux lourdes incapacités physiques et/ou psychiques ainsi que les difficultés du secteur gériatrique manque de personnel, de formations et exigence de productivité ne sont pas toujours compatibles avec la valorisation de l’autonomie des résidents. Les pratiques professionnelles s’organisent plutôt autour des pratiques de nursing43, routinières, réalisées avec une automaticité selon un temps imparti. Les soins d’hygiène et de confort toilette, habillage, distribution de médicaments, etc. y sont prédominants et rythment le quotidien des résidents. La gestion planifiée de la vie quotidienne impose des rythmes institutionnels et collectifs aux personnes âgées ce qui réduit leur autonomie. L’extrait d’entretien réalisé avec une directrice d’établissement privé non lucratif est, à ce titre, explicite 44 Directrice d’un Éhpad privé non lucratif. 30 Alors le matin ils ont le petit-déjeuner, la douche, le repas, on les descend, il faut les remonter pour la sieste et après à trois heures on leur dit c’est l’animation ». Alors, des fois, il faut les stimuler parce que si on écoute tout ce qu’ils disent ils ne vont rien faire…ils sont très contents après les animations. Voyez aujourd’hui on a un problème d’ascenseur …, donc on va les descendre pour manger, on va les remonter pour faire la sieste et on va les redescendre pour les animations et on va les remonter ou peut-être pas parce qu’à 17h30 il y a la messe, donc de la messe il faut les redescendre pour le repas donc pour le personnel ça leur fait une sacrée journée ! Une sacrée journée aussi aux résidents ! »44 31En décrivant une journée au sein de son établissement, cette directrice témoigne des rythmes soutenus et rationnalisés de la prise en charge des personnes âgées dépendantes. L’utilisation du pronom personnel on » traduit les relations de dépendance étroites existant entre les résidents et le personnel. Durant mes observations, j’ai pu remarquer plusieurs pratiques institutionnelles réduisant inévitablement l’autonomie des personnes âgées. Par exemple, l’usage systématique des protections pour les incontinences est courant. Cette pratique permet de gagner du temps et de faciliter le travail des soignants. Parfois, j’ai été interrompue dans la réalisation de mes entretiens avec les résidents par l’intervention d’un professionnel entrant dans la chambre de l’un de mes enquêtés pour changer sa protection, sans d’ailleurs attendre que je quitte la chambre pour intervenir. 32Ainsi, la mise en dépendance totale des résidents par certaines pratiques professionnelles contredit les injonctions au maintien de leur autonomie. Tout se passe comme si l’autonomie était, pour le moins, partiellement inatteignable du fait de l’organisation du travail et comme si les professionnels sous pressions étaient contraints, par souci d’efficacité et gain de temps, à restreindre l’autonomie des personnes âgées. Finalement, c’est de fait une injonction à la mise en dépendance totale et entière aux professionnels qui organise les existences et l’autonomie n’est pas encouragée. Elle peut même être, dans certaines situations, stigmatisée par le personnel. B – La stigmatisation de l’autonomie au quotidien 45 Emile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2007 1ère éditio ... 46 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie e ... 33Depuis la loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, les Éhpad doivent fournir aux résidents un contrat de séjour définissant les droits et les obligations de l’établissement et des personnes âgées. Celles-ci s’engagent alors à respecter les autres résidents, les règles de fonctionnement, à adopter un comportement respectueux à l’égard de tous les membres de la structure personnel, résident et donc à respecter l’ordre social interne. L’ordre social, s’entend comme un ordre moral qui émerge de l’intériorisation de normes et de valeurs par l’individu45. Dans une perspective interactionniste, en Éhpad, les personnes âgées doivent tenir un rôle de dépendant » entendu comme personne incapable de vivre seule et assujettie aux autres46. Certaines actions individuelles des résidents, traduisant une volonté d’autonomie, peuvent dès lors être interprétées comme la manifestation d’une transgression à l’ordre social interne à l’institution et conduire des résidents à se sentir pointés du doigt par le personnel voire à être stigmatisés. C’est le cas d’une personne âgée de 87 ans, ancienne ouvrière, atteinte d’une tumeur au visage qui lui déforme les yeux et lui réduit son champ de vison. Elle a déjà fait plusieurs chutes occasionnées par son handicap. Cependant, elle met un point d’honneur à continuer à marcher seule sans l’aide d’un déambulateur ou d’une chaise roulante. Elle se distingue des autres résidents car elle privilégie, malgré son état de santé, l’utilisation de l’escalier 47 Mme Erable, 87 ans, ancienne femme de ménage, trois enfants, Éhpad public. 34 Une chose que je fais, ça les étonne, je ne prends jamais l’ascenseur, je descends et je remonte les escaliers seule parce que j’estime que les ascenseurs sont faits pour les fauteuils roulants, oui parce qu’il y en a beaucoup. Moi, ça me fait du bien de marcher, de faire bouger mes articulations. Alors quand je rencontre l’infirmière, elle me dit Comment ? Vous ne prenez pas l’ascenseur ? ». Elle me dit qu’il faut que je fasse attention parce que j’ai des malaises à cause de ma tumeur, je tombe assez souvent »47. 35En adoptant un rôle social différent de celui attendu, cette résidente met l’établissement à l’épreuve. En effet, elle ne se résout pas à utiliser l’ascenseur et en dépit des accidents potentiels, elle cherche à garder coûte que coûte une prise sur son existence. L’infirmière qui est garante de l’état de santé des personnes âgées, lui signale les risques encourus par son comportement. En utilisant l’expression, ça les étonne » et en citant l’infirmière, elle démontre qu’elle ressent une certaine forme de stigmatisation. Son comportement interpelle les soignants de l’établissement et ils ne l’encouragent pas, ne l’accompagnent pas dans sa volonté de garder une certaine forme d’autonomie. On peut observer cette transgression des règles institutionnelles dans d’autres situations, comme par exemple, l’entretien de la chambre. Certaines personnes âgées souhaitent garder une marge de manœuvre sur cette activité en nettoyant elles-mêmes leur espace privé malgré les recommandations du personnel. 36Ainsi, ces exemples montrent que les initiatives individuelles des personnes âgées vivant en Éhpad ne sont pas toujours encouragées. Au contraire, elles doivent respecter l’ordre social interne qui repose sur une norme de dépendance entière et totale aux professionnels. On peut désormais se demander comment ces personnes vivent cette expérience de la dépendance dans les liens qu’elles nouent avec les soignants. C – L’expérience inégale de la relation soignante 48 Valentine Trépied, Solitude en Éhpad. L’expérience vécue de la relation soignante par les personn ... 49 Erving Goffman, Stigmates, les usages sociaux des handicaps, Éditions de Minuit, coll. Le sens co ... 37En Éhpad, les liens entre les personnes âgées et les soignants sont spécifiques, car ils ne sont pas électifs. En effet, les résidents ne choisissent pas les professionnels intervenant au quotidien auprès d’eux. Ces relations constantes sont imposées. Toutefois, l’expérience de la relation soignante est inégale selon les personnes âgées48. Pour certaines d’entre elles - celles disposant de ressources économiques, familiales, culturelles etc. les plus fortes - la relation soignante se fait sous le mode d’une coopération totale et entière. Les professionnels sont décrits par les résidents avec des qualificatifs valorisants et bienveillants, par exemple elles sont très gentilles », elles prennent soin de nous ». Les personnes âgées endossent en quelque sorte le rôle de résident idéal », celui qui ne demande pas trop de travail. Pour elles, la relation soignante peut être envisagée comme une sorte de levier identitaire leur permettant d’acquérir une reconnaissance sociale et une valorisation identitaire. Elles cherchent à tout prix à mettre à distance le stigmate lié à dépendance49. Pour d’autres, personnes âgées – celles appartenant à des milieux sociaux plus hétérogènes -, les liens se font avec une certaine ambivalence. La vie institutionnelle cristallise tout un ensemble de frustrations identitaires. Elles souhaitent être accompagnées dans la vie quotidienne par le personnel, mais elles sont particulièrement insatisfaites des relations nouées. Ces personnes regrettent de ne pas susciter davantage d’attention et d’empathie. Par exemple, cette résidente âgée de 83 ans, ancienne secrétaire Je n’arrive pas à faire ma toilette seule du côté droit. Personne ne m’aide. Je n’ose pas demander aux filles, car elles sont débordées. On manque de personnel et d’argent ». 50 Bernard Ennuyer, Les malentendus de la dépendance. De l’incapacité au lien social, Dunod, coll. A ... 51 Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Gallimard, coll. Folio Essai », Paris, 1 ... 38Tout en étant constante et régulière, la relation soignante est pauvre en qualité et en contenu. Les résidents pointent du doigt l’ensemble des dysfonctionnements de l’Éhpad et ils critiquent souvent avec virulence la pénurie de personnel, l’insuffisance des aides, le manque de temps des soignants. Ainsi, les interactions les renvoient à une image dévalorisée d’eux-mêmes et le sentiment d’être transparents dans les échanges. Enfin, pour une autre catégorie de résidents, les relations avec les professionnels sont particulièrement destructrices. Ces personnes se conforment entièrement à la définition et aux représentations sociales associées à la dépendance dans la société c’est-à-dire à des sentiments d’inutilité sociale, d’assujettissement aux autres et de déchéance50. Ces personnes âgées dépendantes ont le sentiment d’être des inutiles au monde »51 et d’être rejetées par le reste de la société. Les liens avec les soignants renforcent leur sentiment de déshumanisation comme l’explique cette résidente âgée de 88 ans, ancienne employée 39 On subit, on subit, on subit tout…Vous attendez pour tout …. Le mot j’arrive ! », vous savez, je le connais et puis vous attendez. » 40Cette forme de relation soignante est davantage représentée chez les résidents qui ont eu des existences marquées par des trajectoires de vulnérabilisation ayant fragilisé toutes les dimensions de leur existence sociale et individuelle. Ils sont plus souvent isolés sur le plan familial. 41Il ressort de ces témoignages notamment que l’autonomie en Éhpad est en fait un mirage, la norme étant celle d’une dépendance totale et entière des personnes âgées vis-à-vis des professionnels qui organisent les existences. Toutefois, les résidents ne s’approprient pas tous de la même manière cette norme de dépendance. Certains arrivent à maintenir une valorisation identitaire tandis que d’autres n’y parviennent pas. Conclusion 42L’autonomie est donc une norme prescrite et largement valorisée dans les politiques de la vieillesse, une injonction normative organisant les existences des personnes âgées dépendantes. Cependant, cette injonction est floue et peu stabilisée dans les textes. Parfois, elle permet de réaffirmer un lien de citoyenneté aux résidents et de les protéger en réaffirmant des droits humains fondamentaux. Elle paraît tout de même réduite à une conception incapacitaire et médicale insistant sur ce que les personnes âgées ne savent plus faire. En Éhpad, l’autonomie est également utilisée comme un outil de communication ce qui permet de trancher avec les représentations négatives associées à ces établissements. Cependant, on constate que le fossé est grand entre la promotion de l’autonomie des personnes hébergées et la réalité, c’est-à-dire l’insuffisance des moyens humains et financiers de nature à permettre la concrétisation de cette injonction. Ce n’est pas une norme d’autonomie qui organise les existences et le travail des soignants mais c’est une norme de dépendance entière et totale aux professionnels. Les actes quotidiens faisant preuve d’autonomie peuvent être stigmatisés par le personnel. L’expérience de la dépendance aux soignants est vécue de manière inégale par les personnes âgées. Elles ne disposent pas toutes des mêmes ressources pour mettre à distance ou accepter la dépendance dans les liens qu’elles entretiennent avec les soignants. 43Les prochaines réformes du secteur doivent impérativement prendre en compte ce profond décalage entre autonomie affichée et dépendance pratiquée qui engendre de la souffrance et de la frustration, à la fois pour les soignants et pour les résidents. Cela nécessite des taux d’encadrement en personnel plus important et de la formation. Il apparaît également primordial et légitime de prendre en considération le point de vue des personnes âgées, leur ressenti concernant l’accompagnement en Éhpad afin d’éclairer les pouvoirs publics et orienter leurs décisions. Haut de page Bibliographie Christophe Bartholomé et Didier Vrancken, L’accompagnement un concept au cœur de l’Etat social actif. Le cas des pratiques d’accompagnement des personnes handicapées », Pensée plurielle, n°10, p. 85-95, 2005. Nicole Benoit-Lapierre and al, La vieillesse des pauvres. Les chemins de l’hospice, Les Editions ouvrières, coll. Economie et Humanisme », 1980. Carmen Bernand, Les vieux vont mourir à Nanterre, Paris, Le Sagittaire, 1978. Solène Billaud et Jingyue Xing, On n’est pas si mauvaises ! » Les arrangements des aides-soignantes en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ÉHPAD face aux épreuves de professionnalité », SociologieS, 2016. Solène Billaud et Baptiste Brossard, ”L’expérience” du vieillissement. Les écrits quotidiens d’un octogénaire au prisme de leurs cadres sociaux ». Genèses. Sciences sociales et histoire, Belin, 71-94, 2014. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Gallimard, coll. Folio Essai », 1999. Emile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2007 1ère édition 1893. Nicolas Duvoux, L’autonomie des assistés, Sociologie des politiques d’insertion, Paris, PUF, coll. Le lien social », 2009. Alain Ehrenberg, La société du malaise. Le mental et le social, Paris, Odile Jacob, coll. Sciences humaines », 2010. Bernard Ennuyer, Les malentendus de la dépendance. De l’incapacité au lien social, Paris, Dunod, coll. Action sociale », 2004. Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et société, n°145, 25-35, 2013. Erving Goffman, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les éditions de minuit, coll. Le Sens Commun », 1968. Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Delagrave, 1994. Lucie Lechevalier-Hurard, Faire face aux comportements perturbants le travail de contrainte en milieu hospitalier gériatrique ». Sociologie du travail, 55, 279-301, 2013. Iris Loffeier, Panser des jambes de bois ? La vieillesse, catégorie d’existence et de travail en maison de retraite. Paris, PUF, coll. Partage du savoir », 2015. Isabelle Mallon, Vivre en maison de retraite. Le dernier chez soi, Rennes, PUR, 2004. Catherine Mercadier, Le travail émotionnel des soignants, Paris, Seli Arsan, 2008. Marianne Muller et Delphine Roy, L’Éhpad, dernier lieu de vie pour un quart des personnes décédées en France en 2015 », Etudes et Résultats, DREES, 1094, 2018. Serge Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, PUF, coll. Le lien social », 2007. Olivier Saint-Jean et Dominique Somme, Taux d’encadrement et médicalisation des établissements d’accueil pour personnes âgées. Données de l’enquête EHPA », Gérontologie et Société, 104, 13-21, 2003. Hélène Thomas, Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres, Paris, Editions du Croquant, coll. Terra », 2010. Valentine Trépied, Solitude en Éhpad. L’expérience vécue de la relation soignante par les personnes âgées dépendantes », Gérontologie et Société, 149, 91-104, 2016. Valentine Trépied, Devenir dépendant. Approche sociologique du grand âge en institution, Paris, thèse de doctorat en sociologie à l’EHESS, 2015. Alain Villez, ÉHPAD la crise des modèles », Gérontologie et Société, 123, 169-184, 2007. Sabrina Volant, L’offre en établissement d’hébergement pour personnes âgées en 2011 », Études et Résultats, Drees, 877, 2014. Haut de page Notes 1 Marianne Muller et Delphine Roy, L’Éhpad, dernier lieu de vie pour un quart des personnes décédées en France en 2015 », Etudes et Résultats, DREES, 1094, 2018. 2 Sabrina Volant, L’offre en établissement d’hébergement pour personnes âgées en 2011 ». Études et Résultats, 877, février, 2014. 3 Alain Villez, Éhpad la crise des modèles », Gérontologie et Société, 123, 169-184, 2007. 4 Isabelle Mallon, Vivre en maison de retraite. Le dernier chez soi, Rennes, PUR, 2004. 5 Olivier Saint-Jean et Dominique Somme, 2003, Taux d’encadrement et médicalisation des établissements d’accueil pour personnes âgées. Données de l’enquête EHPA », Gérontologie et Société, 104, 13-21. 6 Serge Paugam, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, PUF, coll. Le lien social », 2007. 7 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et société, n°145, 25-35, 2013. 8 Hélène Thomas, Les vulnérables. La démocratie contre les pauvres, Paris, Editions du Croquant, coll. Terra », 2010. 9 L’Allocation Personnalisée à l’Autonomie APA. 10 Cet article s’appuie sur une enquête réalisée dans le cadre d’un travail doctoral soutenu à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales EHESS de Paris en 2015. 11 L’enquête a été menée au sein de deux établissements gérés par des groupes privés, deux appartenant au secteur public et un rattaché à un groupe associatif. 12 Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Delagrave, 1994. 13 Alain Ehrenberg, La société du malaise. Le mental et le social, Paris, Odile Jacob, coll. Sciences humaines », 2010. 14 Nicolas Duvoux, L’autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion. Paris, PUF, coll. Le lien social », Paris, 2009 ; Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Gallimard, coll. Folio Essai », 1999. 15 Ibid, 1999. 16 Ibid, 2009. 17 Bernard Ennuyer, Les malentendus de la dépendance. De l’incapacité au lien social, Paris, Dunod, coll. Action sociale », 2004. 18 Ibid, 2004. 19 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et société, n°145, 25-35, 2013. 20 Loi n° 97-60 du 24 janvier 1997. 21 Autonomie Gérontologique Groupe Iso Ressources. 22 Loi n° 2001-647 du 20 juillet 2001 relative à la prise en charge de la perte d'autonomie des personnes âgées et à l'allocation personnalisée d'autonomie. 23 Ibid, 2013. 24 Ibid, 2013 25 Extrait de la Charte des droits et libertés des personnes âgées en situation de handicap ou de dépendance en 2007. 26 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et société, n°145, 25-35, 2013. 27 Loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement. 28 Ibid, 2013. 29 Loi n° 2002-2. 30 Nicole Benoit-Lapierre, Rithée Cevasco et Markos Zafiropoulos, Vieillesse des pauvres. Les chemins de l’hospice, Les Éditions ouvrières, coll. Économie et humanisme », Paris, 1980 ; Carmen Bernand, Les vieux vont mourir à Nanterre. Paris, Les Éditions du Sagittaire, 1978. 31 Section 1 Des fondements de l’action sociale et médico-sociale, article 2 de la loi n° 2002-2 rénovant l’action sociale et médico-sociale. 32 Section 2 Des droits des usagers du secteur social et médico-social, article 7 de la loi n°2002-2 rénovant l’action sociale et médico-sociale. 33 Le livret d’accueil, la charte des droits et libertés de la personne accueillie, le contrat de séjour, la personne qualifiée, le Conseil de la Vie sociale, le règlement de fonctionnement, le projet d’établissement. 34 Article 8 de la Charte des droits et libertés de la personne accueillie. 35 Extrait d’une brochure d’un Éhpad public. 36 Extrait d’une brochure d’un Éhpad public. 37 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 38 Christophe Bartholomé et Didier Vrancken, L’accompagnement un concept au cœur de l’Etat social actif. Le cas des pratiques d’accompagnement des personnes handicapées », Pensée plurielle, n°10, 85-95, 2005. 39 Ibid, 2005. 40 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 41 Extrait d’une brochure d’un Éhpad privé à but lucratif. 42 Valentine Trépied, Devenir dépendant. Approche sociologique du grand âge en institution, thèse de doctorat en sociologie à l’EHESS, 2015. 43 Catherine Mercadier Le travail émotionnel des soignants, Paris, Seli Arsan, 2008. 44 Directrice d’un Éhpad privé non lucratif. 45 Emile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2007 1ère édition 1893. 46 Bernard Ennuyer, Enjeux de sens et enjeux politiques de la notion de dépendance », Gérontologie et société, n°145, 25-35, 2013. 47 Mme Erable, 87 ans, ancienne femme de ménage, trois enfants, Éhpad public. 48 Valentine Trépied, Solitude en Éhpad. L’expérience vécue de la relation soignante par les personnes âgées dépendantes », Gérontologie et Société, 149, 91-104, 2016. 49 Erving Goffman, Stigmates, les usages sociaux des handicaps, Éditions de Minuit, coll. Le sens commun », Paris, 975. 50 Bernard Ennuyer, Les malentendus de la dépendance. De l’incapacité au lien social, Dunod, coll. Action sociale », Paris, 2004. 51 Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale, Gallimard, coll. Folio Essai », Paris, de page Pour citer cet article Référence électronique Valentine Trépied, Autonomie et vieillissement en institution le regard d’une sociologue », La Revue des droits de l’homme [En ligne], 17 2020, mis en ligne le 19 octobre 2020, consulté le 19 août 2022. URL ; DOI de page Auteur Valentine TrépiedValentine Trépied est Sociologue PhD et spécialiste de la vieillesse et du vieillissementDu même auteur Document Vidéo Paru dans La Revue des droits de l’homme, 17 2020 Haut de page Droits d’auteur Tous droits réservésHaut de page
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