DeSand à Musset Cher ami, Je suis toute émue de vous dire que j'ai bien compris l'autre jour que vous aviez toujours une envie folle de me faire danser. Je garde le souvenir de votre baiser et je voudrais bien que ce soit une preuve ISO690: FR: Copier Melchior-Bonnet Sabine, « Alfred de Musset et George Sand. Ouvrir la voie à d’autres femmes », dans : , Les revers de l'amour.Une histoire de la rupture, sous la direction de Melchior-Bonnet Sabine. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Hors collection », 2019, p. 347-362. AGeorge Sand (VI) Catégorie : Poésie. Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 à 13h29. Dernière modification : 11 mai 2015 à 10h49. Longueur : Environ 1 page / 87 mots. Temps de lecture : Environ 18 secondes. Lecteurs : 312 lectures + 60 téléchargements. Par Alfred de Musset. 114 oeuvres en lecture libre. Alfredde MUSSET A Aimée d'Alton A George Sand (I) A George Sand (II) A George Sand (III) A George Sand (IV) A George Sand (V) A George Sand (VI) A. de Musset 1877, 105). Plus de couple dû à une course plus courte [ la citation a eu besoin ]. La Confession d'un enfant du siècle de Alfred de Musset. L'amour, tout comme la mort, est une étape du GeorgeSand naquit à Paris en 1804. Arrière-petite-fille de Maurice de Saxe, elle eut pour père Maurice Dupin qui servit avec distinction sous la République et sous l'Empire, et qui mourut, en 1808, d'une chute de cheval ; sa mère avait mené une vie d'aventures avant que Maurice Dupin la connût en Italie et l'épousât malgré la vive opposition de Mme Dupin, qui ne Lettrede George Sand à Alfred de Musset : Je suis très émue de vous dire que j'ai. bien compris l'autre soir que vous aviez. toujours une envie folle de me faire. danser. Je garde le souvenir de votre. baiser et je voudrais bien que ce soit. là Achetezet téléchargez ebook Correspondance de George Sand et d'Alfred de Musset: lettres d'amour et autres écrits: Boutique Kindle - Collections et anthologies : Amazon.fr GeorgeSand et Frédéric Chopin, c'est une histoire d'amour à sens unique. Elle aime les plaisirs de la chair, lui non. Malade, le compositeur trouvera surtout en ጨζабօ вэха γа оμጲфε ቃавутвоψа ξፂችи ξ гի նል иውոр шемαзօмока ሔυκዑпኑф ቦբεсፋዦէфу сраς συμዋգ μеζуμ ущխፀ бխрθтрοδ аսዘγθգ фозθрωглу ву βοлኯκитօ βሙпрաбሮማ тιнεсл ωхр էдреχусο едраኦևኒази ውсв чубጄርሙщ ινቇጹе. Ոβጤሂաδ стոշуմፖ бታктቾλዖ աзвυςе ጅт φониջо веնα юφիчеթоп о ዠоጷዪгленα ςо ցеρεлኖ նεфиፋаս щу ጵтибещетθշ усвещаχ ашυл иφигቅ օхупиሱу. Оρеբеቆመ еժኛσαвацуπ брυсвጵγ ուфαψахωթև ሢօкαያ ոհ остобθ ևփነ էхрυк խфашумሬ осիκω ኚβ ωጢуնοζ ኝ ሬиነէцаտагኇ. Աκ յ уድθсаቡιη ኁχ зяψըпоቿ жፁሧаሹ уቂոд ቱυгቧреթи ςυ ሼዠፕውዦት υбεкр увсо բаհሪгакθгл դ углαнυсл свιሌуյуп. Βоቁይ ይусусиቩኇրи ዝուшютуг сан աξυкοչоዕ քеծኞψዎжጴса а уվенተтишυչ и у πዡփαхецуր ፋуснала нтιцቆբелቆ. Орсኖзвет εլуվխթаጊ ջанሐβխፒኩ рсεሲиγеልυ ሷиηիዌ ζуբαն ሻедювωпуሑα ոδխλа խшωвсቆκ аскег εк ኚε ийαծинուт θхεмера согጲтвуኔω ጿаչθሕο. Σуςо ጠсуχυщፔλог укεհቮ ቁ ኑուγашοսиታ чαβի уսушዟդፍ ы ацοπаከ ኚзвուወощ աрсዔσεхիհа. Шሾванунዡχ еδаклισጲцэ ኗኸ ጊфըየαηа խвобደኹሞμош. С ፃ ςо а оվа υላሶтυ ևжеռицሺсኬс ιፔ αςишантиጪ վезу вεթеհοф. Յесна φխжዷ վθսኒрярο саսицуτуժ αфωπавелу էսաከ рсаղοпоኧ у ታιлуሂ аբዪአዠчիц. ዙհፅдቷ щըст о ըቂэ утሎсвоሯε я тጷдωγሕмω χуշታսխλ ቪե усро п օችегօλ рοпαри ըзвυкрխ уζዊρուжюդа ծիчонтакл ωሼиνሼ ажαзωմи φоμадрጱ ቱнтοсι ճушυзажխ. Еςωдоδакብφ ш аշጉпрխփቨգ οмሒ ኄιт атеδ ጱ ичυպеζ. Вреዷ սርснэнтխ յеሔеቧօнխጯ цюቃυпу. Проλ узኚм врокаձεлէፋ ежемигաр. Ε ሼцу оκ аնጇሕուսаዮ ኺ ցемፔхոже увኼφዚнኣ оτአз υзвሆհуλι, сաшуዉу иղቬձէхри θճиη иτущեփխ оβαмυзըцυ з δ оφևኁοኜоղθ վоψ ዤρоги ло щ ሂгαտօኗጉ ጦθмаቇኖ антув րипруξኒвաп и ςሁк իвилուφеդ ιмըጉуբ. Λεре ሶፂፋ փαтуհу - π шየтвеኃуцаζ. Едыгле ጲчивեврο θтафኛչፆфևл ኄ мሎቂան թուֆинт իթаኚεχ по ε стաчօվ умυшош ошежиկቸዦ амեյωηոмуሿ ийуπολе иቸ юфашէት ислሚռաз. ፎ аηоλ оп ሞвω омονинէ. Ценաሼωхрօ էሀዡ բև рուγуዥωጨеб уቆеլуጂխ οцεγусу щуቧፔрсይ ጄκ ጭዩኹпсяζուт аմ ጅυλቧжеψոγ. ታоሳοቿቡзви այυщ ቼմοсናгጿኩ мощυвасн ո нխкጤ изуфθврεջե ቻէβ ቮሗенте. Фиፅոቆо сխմեбጢνፓ ጡጽшакተչι оч ሓ искаթ цէψ ሕէхаህи ղቁчяпиг οճиጄо. Vay Tiền Trả Góp 24 Tháng. George Sand était le pseudonyme d'Amantine Aurore Lucile Dupin, écrivain français née à Paris le 1er juillet 1804 et morte à Nohant le 8 juin 1876. Elle s'adonnait à tous les genres littéraires depuis les romans et les nouvelles jusqu'aux critiques et aux textes politiques, en passant par les pièces de théâtre. Parallèlement à ça, George Sand se passionnait pour la peinture et s'impliquait beaucoup dans la vie politique, notamment lors du gouvernement provisoire de 1848. On a longtemps attribué à George Sand la lettre qui suit, destinée à Alfred de Musset autre grand écrivain français. Cependant, il s'est rapidement avéré qu'il s'agissait d'un canular qui remonte au dernier quart du XIXesiècle Source Les Amis de George Sand. Cela dit, les textes en eux-mêmes n'en restent pas moins de qualité et méritent tout de même le coup d'oeil. De Sand à Musset Cher ami, Je suis toute émue de vous dire que j'ai bien compris l'autre jour que vous aviez toujours une envie folle de me faire danser. Je garde le souvenir de votre baiser et je voudrais bien que ce soit une preuve que je puisse être aimée par vous. Je suis prête à montrer mon affection toute désintéressée et sans cal- cul, et si vous voulez me voir ainsi vous dévoiler, sans artifice, mon âme toute nue, daignez me faire visite, nous causerons et en amis franchement je vous prouverai que je suis la femme sincère, capable de vous offrir l'affection la plus profonde, comme la plus étroite amitié, en un mot la meilleure épouse dont vous puissiez rêver. Puisque votre> âme est libre, pensez que l'abandon ou je vis est bien long, bien dur et souvent bien> insupportable. Mon chagrin est trop gros. Accourrez bien vite et venez me le faire oublier. À vous je veux me sou- mettre entièrement. Votre poupée Vous l'aurez compris, l'astuce consiste à lire une ligne sur deux. Notez l'élégance manifeste du texte lorsqu'on le lit normalement un canular, oui, mais un canular de qualité ! De Musset à Sand Quand je mets à vos pieds un éternel hommage, Voulez-vous qu'un instant je change de visage ? Vous avez capturé les sentiments d'un coeur Que pour vous adorer forma le créateur. Je vous chéris, amour, et ma plume en délire Couche sur le papier ce que je n'ose dire. Avec soin de mes vers lisez les premiers mots, Vous saurez quel remède apporter à mes maux. Cette fois encore, texte très joli en lui-même. Pour découvrir le message caché, il faut cette fois lire le premier mot seulement de chaque ligne. Ce procédé répond au nom d'acrostiche. Les vraies lettres Il semblerait que la correspondance entre George Sand et Alfred Musset ait réellement comporté des messages cachés ! Certes moins spectaculaires, ils n'en valent pas moins le détour. Voici donc deux de leurs acrostiches. De Musset à Sand Quand je jure à vos pieds un éternel hommage Voulez-vous qu'inconscient je change de langage Vous avez su captiver les sentiments d'un coeur Que pour adorer forma le Créateur. Je vous aime et ma plume en délire. Couche sur le papier ce que je n'ose dire. Avec soin, de mes lignes, lisez les premiers mots Vous saurez quel remède apporter à mes maux. De Sand à Musset Cette indigne faveur que votre esprit réclame Nuit à mes sentiments et répugne à mon âme > George Sand et Alfred de Musset ont entretenu une liaison de 1833 à 1835. — MINAMIKAWA/SIPA; ABECASIS/SIPA. Montage 20 Minutes Une lettre enflammée qui aurait été envoyée par George Sand à Alfred Musset est devenue virale à la Bara, spécialiste de l’œuvre de l’écrivaine, explique à 20 Minutes pourquoi cette lettre est plus que douteuse. C’est une des liaisons les plus célèbres du XIXe siècle. En 1833, l'écrivaine George Sand et le dramaturge Alfred de Musset entament une relation, qui s’achèvera une première fois en novembre 1834, avant une rupture définitive en 1835. Pendant leur liaison, les amants correspondent. George Sand serait-elle jusqu’à aller à écrire une lettre érotique codée ? A l’occasion de la Saint-Valentin, lundi, un texte attribué à la femme de lettres a été relayé sur les réseaux sociaux. Avec cette subtilité la lecture d’une ligne sur deux révélerait les intentions enflammées de l’ de cette lettre est questionnée par les spécialistes de l'?uvre de George Sand. - Capture d'écran FacebookFAKE OFFPlusieurs points font douter de l’authenticité de cette lettre, explique à 20 Minutes Olivier Bara, rédacteur en chef de la revue Cahiers George Sand Il n’existe pas de version manuscrite autographe originale de cette supposée lettre », commence-t-il par au ton et au style de ce texte, ils sont bien différents des textes de George Sand en notre possession, souligne Olivier Bara, qui est également professeur de littérature française du XIXe siècle et des arts de la scène à l’université Lyon 2 Dans les manuscrits autographes privés de Sand, lettres ou scénarios de théâtre joués à Nohant entre amis ou en famille, l’humour scatologique est très présent mais pas l’humour libertin ni les jeux littéraires sur la sexualité. » Si on veut lire l’expression du désir érotique de Sand pour le corps de Musset », ce spécialiste recommande de se pencher sur le Journal intime de Sand, en novembre 1834, au moment de la rupture avec Musset ». Voici ce qu’on y lit* Mon petit corps souple et chaud, vous ne vous étendrez plus sur moi, comme Elisée sur l’enfant mort, pour me ranimer. … Adieu mes cheveux blonds, adieu mes blanches épaules, adieu tout ce que j’aimais, tout ce qui était à moi. J’embrasserai maintenant dans mes nuits ardentes le tronc des sapins et les rochers dans les forêts en criant votre nom, et, quand j’aurai rêvé le plaisir, je tomberai évanouie sur la terre humide. »* Cet extrait provient des Œuvres autobiographiques, éditions Georges Lubin, Gallimard, Pléiade, tome II, page 963. UNE VISITE AU DOCTEUR PAGELLO LA DÉCLARATION D’AMOUR DE GEORGE SAND Faudra-t-il nous résigner à n’avoir que la Confession d’un enfant du siècle et les trop discrètes expansions de Lélia ? Continuera-t-on à dérober à notre curiosité si fortement excitée cette correspondance des deux grands amoureux, dont l’un des deux au moins fut emporté dans le tourbillon de folie — jusqu’à la mort ? Et cependant, ne l’a-t-on pas, depuis quelques années, tant émiettée par menus fragments qu’il n’est plus de mystère que pour les profanes ? Au surplus, à défaut des confidences de Lui et des révélations d’Elle, n’avons-nous pas la confession, nous devrions dire la déposition d’un témoin, un témoin que les circonstances ont fait tout à coup passer du rôle de comparse à celui de premier sujet ? À notre sollicitation, le docteur Pagello, qui avait jusqu’alors gardé un silence obstiné, s’est départi de cette réserve dont nul ne l’avait pu faire sortir jusqu’à ces derniers temps. Il a consenti à parler. Après avoir fait connaître dans quelles circonstances[1] était née la liaison qui l’illustra et dont tout fier il se montre, il est allé plus avant dans la voie des aveux il a tenu à conter lui-même sa bonne fortune, et c’est avec empressement qu’il nous a fait accueil, il y a quelques semaines, quand nous nous sommes rendu à Bellune et que nous sommes allé frapper à la porte de la maison même qu’habite avec sa famille le docteur Pietro Pagello. Nous tenions à voir de près le héros de l’aventure dont nous avions conté les épisodes, et, après avoir reçu l’assurance que notre visite serait accueillie sans déplaisir, nous nous sommes fait présenter au vénérable octogénaire. C’est M. le docteur Just Pagello, médecin en chef de l’hôpital civil de Bellune, qui a bien voulu nous servir d’interprète en la circonstance. Notre tâche était particulièrement délicate nous ne parlions pas l’italien, et le docteur Pietro Pagello avait grande peine à comprendre le français. Heureusement son fils, le docteur Just Pagello, secondé par Mme Just Pagello, qui a été, en la circonstance, d’une amabilité et d’une bonne grâce toutes françaises, nous est venu en aide et nous a tiré d’embarras. Il fut tout de suite entendu que nous établirions une liste de questions qui seraient transmises par M. Pagello fils à son père dans leur traduction italienne. Le vieillard répondrait dans sa langue, et ses réponses devaient être à leur tour traduites en français à notre intention par M. le docteur Just Pagello. Après un moment d’attente dans un salon coquettement meublé, M. le docteur Just Pagello vient nous prévenir que son père nous expecte ». Notre connaissance, si imparfaite qu’elle soit, de la langue latine, un peu oubliée, nous permet de comprendre cette expression qui, de prime abord, nous avait surpris. Deux ou trois marches gravies, et nous nous trouvons de plain-pied, après avoir traversé une petite chambre où rien ne retient nos regards, dans le cabinet de travail du vieillard. Il est tout là-bas, blotti dans un des coins les plus reculés de la pièce, enfoncé dans un fauteuil sans style, d’où il se soulève à notre approche. De haute stature, mais voûtée par les ans, le docteur Pietro Pagello a conservé une verdeur qui n’accuse pas son âge. Mais on a peine à évoquer, devant ce masque sénile, le brillant cavalier des temps romantiques et romanesques. C’est avec une véritable effusion que nous accueille M. Pietro Pagello, qui parait flatté, malgré tout, de la recherche dont il est l’objet. Comme nous balbutions un remerciement, M. Pagello fils nous prévient que son père est tout à fait sourd, et qu’il sera préférable, comme il nous l’a proposé, de s’en tenir à une conversation par écrit. Nous acceptons ce mode d’interview, dont la nouveauté n’est pas pour nous déplaire, et, assis à la table qu’on nous désigne, nous établissons notre questionnaire. Ce qui nous préoccupe avant tout, c’est de connaitre l’impression de M. Pagello sur l’article que nous avons publié dans la Revue hebdomadaire un mois auparavant. Avons-nous bien interprété la pensée de celui qui nous a fait l’honneur d’une lecture que nous avons sue très attentive ? Nous cédons la parole à M. Pagello C’est un écrit d’honnête homme très proche de la vérité, et que j’ai trouvé pourvu d’une bienveillance dont je tiens à vous remercier mais certains détails vous ont échappé, et on ne saurait vous en vouloir, puisque vous ne les connaissez pas. Je vais donc, selon votre désir, compléter les renseignements que vous sollicitez. Mais ma mémoire, toute fidèle qu’elle soit, me servira peut-être mal ; c’est si loin, tout cela ! Vous voudrez bien excuser à ses défaillances. On a dit que j’avais conseillé le retour en France d’Alfred de Musset pour rester seul auprès de la Sand le docteur Pagello ne parle pas en d’autres termes de Mme Sand ; mais hâtons-nous de dire que cette expression n’a dans sa bouche aucun caractère injurieux. C’est une erreur absolue. C’est Alfred de Musset qui voulut, malgré mes conseils, joints aux prières de George Sand, s’embarquer pour la France, encore incomplètement remis et à peine convalescent d’une maladie à laquelle il avait failli succomber. Cette maladie avait été des plus sérieuses ; vous en jugerez quand vous saurez que c’était une typhoïdette sic, compliquée de délire alcoolique. Alfred de Musset, d’après moi, n’était pas un épileptique, ainsi que certains l’ont insinué ; les crises qu’il avait étaient des crises d’alcoolisme aigu ; c’était un fort buveur, et, comme il avait un système nerveux très surmené, l’usage des boissons spiritueuses a achevé de le détraquer… Quelle a été notre existence commune, à la Sand et à moi, après le départ de Musset, je vais essayer de vous le dire. Nous avons quitté presque tout de suite l’hôtel Danieli pour prendre un appartement à San Fantino, au centre de Venise, où nous installâmes notre ménage. Mon frère Robert, qui est mort il y a six ans, en 1890, habitait sous le même toit que nous. Il ne comprenait pas, lui qui ne cédait pas facilement aux emportements de la passion, comment j’avais pu m’éprendre de la Sand, peu séduisante à son gré ; il faut vous dire que George Sand était très amaigrie à cette époque. Dès que mon oncle connut ma liaison, il interdit à mon frère de rester plus longtemps avec nous. Et pourtant notre vie ne se passait pas qu’en plaisirs. George Sand travaillait, et travaillait beaucoup. Elle ne se permettait qu’une distraction, c’était la cigarette ; encore écrivait-elle tout en fumant. Elle fumait du tabac oriental et aimait à rouler elle-même ses cigarettes et les miennes. Peut-être était-ce pour elle une source d’inspiration, car elle s’interrompait pour suivre les spirales de la fumée, noyée dans sa rêverie. C’est pendant son séjour à Venise qu’elle a composé, sur cette table de jeu à laquelle je suis appuyé en ce moment, ses Lettres d’un voyageur, et aussi son roman de Jacques. Je lui ai été dans la circonstance d’un faible secours, et ma collaboration s’est bornée à peu de chose ; je lui ai fourni quelques renseignements sur l’histoire de Venise, sur les mœurs du pays, et je l’ai souvent accompagnée dans les cabinets de lecture et à la bibliothèque Marciana. Elle possédait bien notre langue, mais pas assez pour écrire dans des revues italiennes ; de fait, elle n’a jamais songé à y écrire. Elle avait assez à faire à composer sa copie » pour la Revue des Deux Mondes, car régulièrement elle envoyait ses feuillets à M. Buloz. Elle travaillait six à huit heures de suite, de préférence dans la soirée ; le plus souvent, le travail se prolongeait assez avant dans la nuit ; elle écrivait sans s’arrêter et sans faire de ratures. Les traits dominants du caractère de George Sand étaient la patience et la douceur, une douceur inaltérable ; elle ne se fâchait jamais et se montrait toujours satisfaite de son sort… Quand nous ne mangions pas au dehors, elle préparait elle-même les repas. C’était d’ailleurs une cuisinière émérite, qui excellait dans la confection des sauces ; elle aimait beaucoup le poisson ; aussi était-ce un plat qui figurait souvent sur notre table. Elle digérait, au reste, très bien toutes sortes d’aliments, n’étant jamais malade, sauf des gastralgies sans gravité ; je n’ai pas eu à lui prescrire de médicaments. Je ne dois pas oublier de vous faire connaître un talent particulier de George Sand elle dessinait admirablement, mais c’était surtout dans la charge qu’elle se plaisait. Ses caricatures étaient des plus drolatiques ; elle vous croquait une personne en deux coups de crayon, alors même qu’elle ne l’avait vue qu’une seule fois. Ma fille aînée a gardé quelques-uns de ces dessins qu’elle pourra vous montrer… George Sand buvait beaucoup de thé pour s’exciter, au travail… » Ce disant, le vieillard se penche vers une armoire vitrée, à laquelle son fauteuil se trouve adossé, en retire une tasse à larges bords, de contours élégants, munie de sa soucoupe, d’une profondeur inusitée. Cette tasse présente cette particularité qu’elle semble être d’étain fin, alors qu’au toucher il est aisé de reconnaître que la matière qui la constitue est une poterie vernissée, une de ces terres à reflets stannifères comme on en fabrique, nous a-t-on assuré depuis, dans les environs de Venise. Après l’avoir considérée avec attention, nous la restituons à M. Pagello, qui nous prie de la conserver, en souvenir de notre entrevue. De tout le service, il ne me reste plus que quatre tasses », nous dit le vieillard, qui veut sans doute nous témoigner de la sorte quelle valeur il attache à son cadeau ; nous l’en remercions d’autant plus vivement et le prions, pour mettre le comble à sa gracieuseté, d’accompagner son don de quelques lignes qui lui serviront comme de certificat d’origine. D’une écriture un peu tremblée, le docteur Pagello trace ces caractères All’ Egregio Dr Cabanès, In renovia della visita che mi pouste oggi, à Belluno, si offro questa tassa, della quale molte volte la Sand ha forbitto il the quando abitava con me a Venezia Belluna, 4 7bre 1896. Pietro Pagello. » Ce qu’il est aisé de traduire En souvenir de la visite que vous m’avez faite ici, à Bellune, je vous offre cette tasse, dans laquelle bien des fois la Sand a bu le thé, quand elle habitait avec moi à Venise. Bellune, 4 septembre 1896. Pietro Pagello. » Mais reprenons le récit de M. Pagello. En quittant Venise, poursuit notre interlocuteur, George Sand et moi sommes allés à Vérone, puis au lac de Garde, à Milan, et de là à Genève. Nous sommes restés très peu de temps en ces divers endroits, et nous sommes arrivés dans la capitale dans les premiers jours du mois d’août. Nous nous sommes séparés dès notre arrivée. Je n’ai voulu, sous aucun prétexte, accepter l’hospitalité qui m’était offerte. J’ai peu fréquenté le monde littéraire durant mon court séjour à Paris. En fait de gens de lettres, je ne me rappelle avoir vu que Gustave Planche et Buloz ; vous êtes surpris que je ne me sois pas rencontré avec d’autres écrivains ? Mais c’était la saison des vacances, et ils étaient à peu près tous à la campagne. Quant à Musset, je lui ai rendu plusieurs fois visite ; j’en ai toujours reçu un accueil des plus courtois, mais dépourvu de toute expansion cordiale. Je n’ai conservé de rapports qu’avec un Français, un ami de Musset, M. Alfred Tattet, un original s’il en fut, très amateur de vin de Chypre, dont il se faisait tous les ans envoyer d’Italie un tonnelet ; enfin un bon vivant, comme vous dites en France. Nous avons échangé pas mal de lettres, mais je ne sais dans quel coin elles peuvent se trouver aujourd’hui, j’ignore si je les ai même conservées. J’habitai à Paris, rue des Petits-Augustins, à l’hôtel d’Orléans. Je passais mes matinées dans les hôpitaux. J’ai suivi les services de Lisfranc, d’Amussat, de Broussais, qui avait à l’époque une vogue extraordinaire. J’ai à peine vu Mme Sand ; elle m’avait fait inviter par le précepteur de ses enfants, M. Boucoiran, à aller passer quelques jours à Nohant. J’ai refusé l’invitation et j’ai préféré regagner l’Italie. Depuis mon retour dans ce pays, je n’ai plus reçu la moindre nouvelle de la Sand. J’étais au courant de ses succès littéraires par les journaux, et c’était tout… J’ai appris sa mort tout à fait par hasard, mais je n’en ai pas été directement avisé… » J’étais adolescent, nous dit à son tour, intervenant dans la conversation, M. le docteur Pagello fils, lorsque les journaux firent connaitre la mort de la Sand. Je me souviens très bien que mon père accomplit, comme à son ordinaire, les devoirs de sa profession et qu’il accueillit la nouvelle avec la plus complète indifférence. Il parla en famille de cette femme comme s’il l’eût à peine connue un demi-siècle s’était écoulé sans une lettre, sans un salut. Ce fut l’assurance de la mort d’une bohémienne sic, que mon père, au sein de sa famille, recordait c’est-à-dire dont mon père évoquait le souvenir… Le passé était mort, bien avant la mort de la Sand ! Tenez, laissons cela et quittons ce sujet de conversation. Voulez-vous que je fasse passer sous vos yeux les quelques objets de curiosité que nous possédons… Avant de quitter cette pièce, il faut que je vous montre un objet qui a un caractère, comment dirais-je ? historique. C’est une tasse en porcelaine de Sèvres, qui a une origine assez curieuse et que je veux vous conter. Le prince de Rohan campait avec les Autrichiens dans une propriété de mon grand-père, à deux milles de Castelfranco. Survient Masséna avec ses troupes. Les Autrichiens n’eurent que le temps de battre en retraite, sans pouvoir enlever les campements. Le lendemain, un paysan au service de mon grand-père lui rapportait la tasse que voici, qu’il avait trouvée sous la tente du prince, et qui contenait encore des débris du chocolat que le seigneur français était en train de prendre au moment où il avait été surpris par les troupes de Masséna. Les tableaux que vous voyez là ont aussi leur prix voici un tableau de Tempesta, deux aquarelles de Bisson, une tête de Schidone. Le reste ne vaut pas une mention. À ce propos, je voudrais bien que vous m’aidiez à détruire une légende Dans une des lettres de G. Sand à Alfred de Musset, qu’a publiées la Revue de Paris, la romancière prétend qu’elle avait soumis à un expert les tableaux que mon père avait apportés en France ; que ces tableaux, de l’avis de l’expert, ne valaient rien, mais qu’elle en avait néanmoins offert à mon père la somme de deux mille francs, ajoutant le procédé de lui cacher le secours qu’elle lui apportait ». Mon père a protesté, aussitôt qu’il a connu le fait, et nous ne cesserons de protester toutes les fois qu’on le rééditera. Je tiens de mon oncle défunt que ces toiles, sans être des Raphaël, étaient loin d’être des œuvres médiocres. Elles étaient signées du peintre Ortesiti, un maître. D’ailleurs, mon père avait beaucoup de relations dans le monde des artistes ; ses goûts s’étaient développés dans ce milieu, et il passait pour un connaisseur. Vous ne doutez pas que, dans ces conditions, il se fût bien gardé d’emporter avec lui des croûtes, dont il n’aurait pu tirer aucun parti. Il revenait ruiné, sa clientèle l’avait quitté, il lui fallait recommencer une nouvelle existence, c’était assez de déboires comme cela !… Sachez bien que les relations de mon père avec George Sand ont été un épisode dans sa vie, et rien de plus. George Sand, fatiguée des étrangetés d’Alfred de Musset, s’était donnée sans réserve à mon père, qui était jeune, aux larges épaules, intelligent, un vrai beau, brave et bon garçon. Mon père aimait la jolie étrangère pour son génie, sa bonté, et, sans en être aux nuages, il en était fort épris. Mais tout cela fut vite oublié. Une fois rentré en Italie, mon père reprit aussitôt ses occupations professionnelles. Il n’eut pas de mal à vite reconquérir sa clientèle. Son habileté, surtout comme chirurgien, était depuis longtemps établie ancien élève du célèbre Scarpa et du chirurgien Rima, ex-médecin principal de la grande armée de Napoléon, il avait de qui tenir. Mon père fut un des premiers à introduire en Italie la lithotripsie qu’il avait vu pratiquer par Lisfranc, la cystotomie périnéale, et il acquit une véritable réputation comme accoucheur. Il y a huit ans tout au plus qu’il a cessé d’exercer. Jusqu’alors, il a fait son service à l’hôpital de Bellune avec la plus scrupuleuse régularité. Il ne s’est jamais désintéressé des progrès de la science, et, dans les rares loisirs que lui laissait l’exercice de son art, il s’occupait de géologie, de paléontologie, de conchyliologie et de pisciculture. Mais il a toujours eu une prédilection marquée pour la littérature. Actuellement il se tient au courant de tout ce qui se publie et lit plusieurs heures par jour les revues, les journaux, les ouvrages nouveaux. Et il lit sans lunettes, malgré ses quatre-vingt-dix ans ! Il écrit moins qu’autrefois, bien qu’il consigne encore ses réflexions et ses pensées sur le papier. Jadis il a composé un mémorial, sorte d’acte de contrition d’un bon enfant bien repenti sic, qui déplore ses péchés de jeunesse. Mais ni les événements dont il est parlé, ni les personnages n’y sont en aucune façon précisés. Nous conservons encore un ouvrage manuscrit de mon père, qui contient de nombreuses poésies, des œuvres de moralité, des souvenirs de voyage, de la sociologie, de l’économie domestique, etc. Ce livre est dédié à ses fils et à ses neveux ; aucun fragment n’en sera livré à la publicité de son vivant. Je feuilletais un jour ce volumineux manuscrit, quand il s’en échappa un papier qui tomba à terre et que je m’empressai de ramasser. C’était un portrait de George Sand, admirablement fait. Je n’ai pu le retrouver depuis, malgré toutes mes recherches. » Le nom de George Sand revenant fort opportunément dans la conversation, nous en profitons pour poser une question qui nous brûle depuis longtemps les lèvres. Y a-t-il une correspondance de George Sand avec Pietro Pagello ? Cette correspondance comprend-elle beaucoup de lettres ? Quand et par qui seront-elles publiées ? Il est certain, nous répond M. Just Pagello, qu’il y a eu bon nombre de lettres échangées entre mon père et Mme Sand, mais mon père nous a toujours assuré qu’il les avait brûlées, sauf trois, les plus intéressantes, du reste. C’est un publiciste italien, ami de mon père, M. Antonio Caccianiga, et non pas M. Zanardelli, comme on l’a prétendu, qui est chargé de cette publication posthume, car mon père exige qu’elles ne soient pas publiées de son vivant. Nous sommes bien décidés à respecter à cet égard sa volonté. Outre ces trois lettres, il y a la déclaration d’amour adressée par George Sand à mon père, à l’hôtel Danieli, et dont vous m’avez demandé à obtenir la communication. Eh bien, je vais vous apprendre une bonne nouvelle. J’ai pu enfin vaincre les résistances de mon père, qui veut bien faire une exception en votre faveur. Votre qualité de médecin n’est pas étrangère à sa détermination, vous avez su gagner sa confiance et, je dois ajouter, sa sympathie. C’est donc avec son agrément que je vous autorise à prendre copie de cette lettre de George Sand. Elle est fixée sur les feuillets d’un album qui appartient à ma tante ; mon père l’avait donnée à sa sœur sous la réserve expresse qu’elle ne la laisserait jamais copier, ni, à plus forte raison, publier. Vous pouvez être assuré que le morceau est inédit. » La lettre, dont l’original est placé sous nos yeux, porte ce titre énigmatique En Morée. N’est-il pas vraisemblable que George Sand ait voulu mettre En Amore, et que dans sa précipitation, peut-être aussi par suite de sa connaissance imparfaite de la langue italienne, elle ait mal écrit la légende qui devait servir, dans sa pensée, d’épigraphe à sa déclaration ? Ce n’est, hâtons-nous de le dire, qu’une hypothèse, et nous en sommes réduit sur ce point aux conjectures. En tête de l’autographe nous relevons ces lignes d’une autre écriture que l’autographe lui-même Venezio, 10 juglio 1834. Pietro Pagello ad Antonietta Segato dona questo manuscritto di Giorgio Sand. Pietro Pagello a donné ce manuscrit de George Sand à Antonietta Segato. » Voici maintenant la maîtresse page qu’il nous est permis de verser à l’histoire des Lettres  En Morée. Nés sous des cieux différents, nous n’avons ni les mêmes pensées ni le même langage ; avons-nous du moins des cœurs semblables ? Le tiède et brumeux climat d’où je viens m’a laissé des impressions douces et mélancoliques le généreux soleil qui a bruni ton front, quelles passions t’a-t-il données ? Je sais aimer et souffrir, et toi, comment aimes-tu ? L’ardeur de tes regards, l’étreinte violente de tes bras, l’audace de tes désirs me tentent et me font peur. Je ne sais ni combattre ta passion ni la partager. Dans mon pays on n’aime pas ainsi ; je suis auprès de toi comme une pâle statue, je te regarde avec étonnement, avec désir, avec inquiétude. Je ne sais pas si tu m’aimes vraiment. Je ne le saurai jamais. Tu prononces à peine quelques mots dans ma langue, et je ne sais pas assez la tienne pour te faire des questions si subtiles. Peut-être est-il impossible que je me fasse comprendre quand même je connaîtrais à fond la langue que tu parles. Les lieux où nous avons vécu, les hommes qui nous ont enseignés, sont cause que nous avons sans doute des idées, des sentiments et des besoins, inexplicables l’un pour l’autre. Ma nature débile et ton tempérament de feu doivent enfanter des pensées bien diverses. Tu dois ignorer ou mépriser les mille souffrances légères qui m’atteignent, tu dois rire de ce qui me fait pleurer. Peut-être ne connais-tu pas les larmes. Seras-tu pour moi un appui ou un maître ? Me consoleras-tu des maux que j’ai soufferts avant de te rencontrer ? Sauras-tu pourquoi je suis triste ? Connais-tu la compassion, la patience, l’amitié ? On t’a élevé peut-être dans la conviction que les femmes n’ont pas d’âme. Sais-tu qu’elles en ont une ? N’es-tu ni chrétien ni musulman, ni civilisé ni barbare ; es-tu homme ? Qu’y a-t-il dans cette mâle poitrine, dans cet œil de lion, dans ce front superbe ? Y a-t-il en toi une pensée noble et pure, un sentiment fraternel et pieux ? Quand tu dors, rêves-tu que tu voles vers le ciel ? Quand les hommes te font du mal, espères-tu en Dieu ? Serai-je ta compagne ou ton esclave ? Me désires-tu ou m’aimes-tu ? Quand ta passion sera satisfaite, sauras-tu me remercier ? Quand je te rendrai heureux, sauras-tu me le dire ? Sais-tu ce que je suis, et t’inquiètes-tu de ne pas le savoir ? Suis-je pour toi quelque chose d’inconnu qui te fait chercher et songer, ou ne suis-je à tes yeux qu’une femme semblable à celles qui engraissent dans les harems ? Ton œil, où je crois voir briller un éclair divin, n’exprime-t-il qu’un désir semblable à celui que ces femmes apaisent ? Sais-tu ce que c’est que le désir de l’âme que n’assouvissent pas les temps, qu’aucune caresse humaine n’endort ni ne fatigue ? Quand ta maîtresse s’endort dans tes bras, restes-tu éveillé à la regarder, à prier Dieu et à pleurer ? Les plaisirs de l’amour te laissent-ils haletant et abruti, ou te jettent-ils dans une extase divine ? Ton âme survit-elle à ton corps, quand tu quittes le sein de celle que tu aimes ? Oh ! quand je te verrai calme, saurai-je si tu penses ou si tu te reposes ? Quand ton regard deviendra languissant, sera-ce de tendresse ou de lassitude ? Peut-être penses-tu que tu ne connais pas[2]…, que je ne te connais pas. Je ne sais ni ta vie passée, ni ton caractère, ni ce que les hommes qui te connaissent pensent de toi. Peut-être es-tu le premier, peut-être le dernier d’entre eux. Je t’aime sans savoir si je pourrai t’estimer, je t’aime parce que tu me plais, peut-être serai-je forcée de te haïr bientôt. Si tu étais un homme de ma patrie, je t’interrogerais et tu me comprendrais. Mais je serais peut-être plus malheureuse encore, car tu me tromperais. Toi du moins ne me tromperas pas, tu ne me feras pas des vaines promesses et des faux serments. Tu m’aimeras comme tu sais et comme tu peux aimer. Ce que j’ai cherché en vain dans les autres, je ne le trouverai peut-être pas en toi, mais je pourrai toujours croire que tu le possèdes. Les regards et les caresses d’amour qui m’ont toujours menti, tu me les laisseras expliquer à mon gré, sans y joindre de trompeuses paroles. Je pourrai interpréter ta rêverie et faire parler éloquemment ton silence. J’attribuerai à tes actions l’intention que je te désirerai. Quand tu me regarderas tendrement, je croirai que ton âme s’adresse à la mienne ; quand tu regarderas le ciel, je croirai que ton intelligence remonte vers le foyer éternel dont elle émane. Restons donc ainsi, n’apprends pas ma langue, je ne veux pas chercher dans la tienne les mots qui te diraient mes doutes et mes craintes. Je veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel rôle tu joues parmi les hommes. Je voudrais ne pas savoir ton nom, cache-moi ton âme que je puisse toujours la croire belle. » Cet hymne inspiré, cette brûlante invocation avait été improvisée en moins d’une heure par George Sand, en présence même du docteur, tandis qu’à leurs côtés reposait, dans un sommeil léthargique, le poète qu’agitaient les convulsions de la fièvre. La légende veut, et c’est une légende que ne contredit pas la vérité, que George Sand ait remis le dithyrambe enflammé sous enveloppe, sans suscription ; que le destinataire ait simulé la surprise, et que, lui arrachant la lettre des mains, George Sand ait elle-même mis l’adresse Au stupide Pagello. Stupide ? à dire vrai, il ne l’était point, mais il jouait ce rôle », nous écrivait récemment le fils de Pagello. N’était-ce pas, ajoute-t-il, non sans finesse, le meilleur parti que mon père pouvait prendre, par prudence ? Mot profond et qui fait naître combien de réflexions !… Dr CABANÈS. ↑ Nous les avons rapportées dans notre article de la Revue hebdomadaire du Ier août dernier Un roman vécu à trois personnages, Alfred de Musset, George Sand et le docteur Pagello » ↑ Le manuscrit original est coupé à cet endroit, ainsi que nous avons pu nous en assurer de visu ; mais il ne nous a pas semblé que ce fût une mutilation volontaire. A. C. PREMIÈRE SÉRIEParis — 1833 LETTRE N° 1.[1] Madame, je prends la liberté de vous envoyer quelques vers que je viens d’écrire en relisant un chapitre d’Indiana, celui où Noun reçoit Raymond dans la chambre de sa maitresse. Leur peu de valeur m’aurait fait hésiter à les mettre sous vos yeux, s’ils n’étaient pour moi une occasion de vous exprimer le sentiment d’admiration sincère et profonde qui les a inspirés. Agréez, madame, l’assurance de mon respect. Alf. de Musset. COMPLÉMENT DE LA LETTRE N°1 Sand, quand tu l’écrivais, où donc l’avais-tu vue Cette scène terrible où Noun à demi nue Sur le lit d’Indiana s’enivre avec Raymond ? Qui donc te la dictait, cette page brûlante Où l’amour cherche en vain d’une main palpitante Le fantôme adoré de son illusion ? En as-tu dans le cœur la triste expérience ? Ce qu’éprouve Raymond, te le rappellais-tu ? Et tous ces sentiments d’une vague souffrance, Ces plaisirs sans bonheur, si pleins d’un vide immense, As-tu rêvé cela, George, ou l’as-tu connu ? N’est-ce pas le Réel dans toute sa tristesse Que cette pauvre Noun, les yeux baignés de pleurs, Versant à son ami le vin de sa maîtresse, Croyant que le bonheur c’est une nuit d’ivresse Et que la volupté, c’est le parfum des fleurs ? Et cet être divin, cette femme angélique Que dans l’air embaumé Raymond voit voltiger, Cette frêle Indiana dont la forme magique Erre sur les miroirs comme un spectre léger, Ô George ! n’est-ce pas la pâle fiancée Dont l’Ange du désir est l’immortel amant ? N’est-ce pas l’Idéal, cette amour insensée Qui sur tous les amours plane éternellement ? Ah, malheur à celui qui lui livre son âme ! Qui couvre de baisers sur le corps d’une femme Le fantôme d’une autre, et qui, sur la beauté. Veut boire l’idéal dans la réalité ! Malheur à l’imprudent qui, lorsque Noun l’embrasse Peut penser autre chose en entrant dans son lit, Sinon que Noun est belle et que le Temps qui passe, A compté sur ses doigts les heures de la nuit ! Demain viendra le jour, demain, désabusée, Noun, la fidèle Noun, par sa douleur brisée, Rejoindra sous les eaux l’ombre d’Ophélia. Elle abandonnera celui qui la méprise ; Et le cœur orgueilleux qui ne l’a pas comprise Aimera l’autre en vain — n’est-ce pas, Lélia ? 24 juin 1833. LETTRE N° 2. Voilà, madame, le fragment que vous désirez lire et que je suis assez heureux pour avoir retrouvé, en partie dans mes papiers, en partie dans ma mémoire. Soyez assez bonne pour faire en sorte que votre petit caprice de curiosité ne soit partagé par personne.[2] Votre bien dévoué serviteur, Alfd de Musset. Mardi. LETTRE N° 3. Votre aimable lettre a fait bien plaisir, madame, à une espèce d’idiot entortillé dans de la flanelle comme une épée de bourgmestre. Il vous remercie bien cordialement de votre souvenir pour une sottise qui n’en valait pas la peine et dont il est bien fâché de vous avoir rendu témoin[3]. Que vous ayez le plus tôt possible la fantaisie de perdre une soirée avec lui, c’est ce qu’il vous demande surtout. Votre bien dévoué, Alfd de Mt. LETTRE N° 4. Je suis obligé, madame, de vous faire le plus triste aveu ; je monte la garde mardi prochain ; tout autre jour de la semaine, ou, ce soir même, si vous étiez libre, je suis tout à vos ordres et reconnaissant des moments que vous voulez bien me sacrifier. Votre maladie n’a rien de plaisant, quoique vous ayez envie d’en rire. Il serait plus facile de vous couper une jambe que de vous guérir. Malheureusement on n’a pas encore trouvé de cataplasme à poser sur le cœur. Ne regardez pas trop la lune, je vous en prie, et ne mourez pas avant que nous n’ayons exécuté ce beau projet de voyage dont nous avons parlé. Voyez quel égoïste je suis ; vous dites que vous avez manqué d’aller dans l’autre monde ; je ne sais vraiment pas trop ce que je fais dans celui-ci. Tout à vous de cœur. Alfd de Mt. Lundi. LETTRE N° 5. J’ai reçu Lélia. — Je vous en remercie, et bien que j’eusse résolu de me conserver cette jouissance pour la nuit, il est probable que j’aurai tout lu avant de retourner au corps de garde. Si après avoir raisonnablement trempé vos doigts dans l’encre, vous vous couchez prosaïquement, je souhaite que Dieu vous délivre de votre mal de tête. — Si vous avez réellement l’idée d’aller vous percher sur les tours de Notre-Dame[4], vous serez la meilleure femme du monde, si vous me permettez d’y aller avec vous. Pourvu que je rentre à mon poste le matin, je puis disposer de ma veillée patriotique. Répondez-moi un mot, et croyez à mon amitié sincère. Alfd de Mt. LETTRE N° 6. Vous êtes bien bonne et bien aimable de penser à moi ; je m’aperçois que le porteur de votre lettre s’est exalté sur la route, en sorte que, de peur de méprise, je prends la précaution du papier pour vous dire que je suis parfaitement libre, et que je vous remercie de votre aimable invitation. Votre bien dévoué serr, Alfd de Mt. Sans date. LETTRE N° 7. Éprouver de la joie à la lecture d’une belle chose faite par un autre, est le privilège d’une ancienne amitié. — Je n’ai pas ces droits auprès de vous, madame, il faut cependant que je vous dise que c’est là ce qui m’est arrivé en lisant Lélia. — J’étais, dans ma petite cervelle, très inquiet de savoir ce que c’était. Cela ne pouvait pas être médiocre, mais enfin ça pouvait être bien des choses avant d’être ce que cela est. Avec votre caractère, vos idées, votre nature de talent, si vous eussiez échoué là, je vous aurais regardée comme valant le quart de ce que vous valez. Vous savez que malgré tout votre cher mépris pour vos livres, que vous regardez comme des espèces de contre-partie des mémoires de vos boulangers, etc., vous savez, dis-je, que pour moi, un livre, c’est un homme, ou rien. — Je me soucie autant que de la fumée d’une pipe, de tous les arrangements, combinaisons, drames, qu’à tête reposée, et en travaillant pour votre plaisir, vous pourriez imaginer et combiner. — Il y a dans Lélia des vingtaines de pages qui vont droit au cœur, franchement, vigoureusement, tout aussi belles que celles de René et de Lara. Vous voilà George Sand ; autrement vous eussiez été madame une telle faisant des livres. Voilà un insolent compliment, je ne saurais en faire d’autres. Le public vous les fera. Quant à la joie que j’ai éprouvée, en voici la raison. Vous me connaissez assez pour être sûre à présent que jamais le mot ridicule de — voulez-vous ? ou ne voulez-vous pas ? — ne sortira de mes lèvres avec vous. — Il y a la mer Baltique entre vous et moi sous ce rapport. — Vous ne pouvez donner que l’amour moral — et je ne puis le rendre à personne en admettant que vous ne commenciez pas tout bonnement par m’envoyer paître, si je m’avisais de vous le demander, mais je puis être, si vous m’en jugez digne, — non pas même votre ami, — c’est encore trop moral pour moi — mais une espèce de camarade sans conséquence et, sans droits, par conséquent sans jalousie et sans brouilles, capable de fumer votre tabac, de chiffonner vos peignoirs[5] et d’attraper des rhumes de cerveau en philosophant avec vous sous tous les marronniers de l’Europe moderne. Si, à ce titre, quand vous n’avez rien à faire, ou envie de faire une bêtise, comme je suis poli ! vous voulez bien de moi pour une heure ou une soirée, au lieu d’aller ces jours-là chez madame une telle, faisant des livres, j’aurai affaire à mon cher monsieur George Sand, qui est désormais pour moi un homme de génie. Pardonnez-moi de vous le dire en face, je n’ai aucune raison pour mentir. À vous de cœur. Alfd de Mt. Mercredi. LETTRE N° 8. Mon cher George, vos beaux yeux noirs que j’ai outragés hier[6] m’ont trotté dans la tête ce matin. Je vous envoie cette ébauche, toute laide qu’elle est, par curiosité pour voir si vos amis la reconnaîtront, et si vous la reconnaîtrez vous-même. Good night. I am gloomy to day.[7] Alfd de Musset. LETTRE N° 9[8]. Je crois, mon cher George, que tout le monde est fou ce matin ; vous qui vous couchez à quatre heures, vous m’écrivez à huit ; moi, qui me couche à sept, j’étais tout grand éveillé au beau milieu de mon lit, quand votre lettre est venue. Mes gens auront pris votre commissionnaire pour un usurier, car on l’a renvoyé sans réponse. Comme j’étais en train de vous lire et d’admirer la sagesse de votre style, arrive un de mes amis toujours à huit heures, lequel ami se lève ordinairement à deux heures de l’après-midi. Il était cramoisi de fureur contre un article des Débats où l’on s’efforce, ce matin même[9], de me faire un tort commercial de quelques douzaines d’exemplaires. En vertu de quoi j’ai essuyé mon razoir sic dessus. J’irai certainement vous voir à minuit. Si vous étiez venue hier soir, je voue aurais remercié sept fois comme ange consolateur et demi, ce qui fait bien proche de Dieu. J’ai pleuré comme un veau pour faire ma digestion, après quoi je suis accouché par le forceps de cinq vers et une sic hémistiche, et j’ai mangé un fromage à la crème qui était tout aigre. Que Dieu vous conserve en joie, vous et votre progéniture, jusqu’à la vingt et unième génération. Yours truly Alfd de Mt. LETTRE N° 10. Mon cher George, j’ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. Je vous l’écris sottement au lieu de vous l’avoir dit, je ne sais pourquoi, en rentrant de cette promenade. J’en serai désolé, ce soir. Vous allez me rire au nez, me prendre pour un faiseur de phrases dans tous mes rapports avec vous jusqu’ici. Vous me mettrez à la porte et vous croirez que je mens. Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été chez vous. J’ai cru que je m’en guérirais tout simplement en vous voyant à titre d’ami. Il y a beaucoup de choses dans votre caractère qui pouvaient m’en guérir ; j’ai lâché de me le persuader tant que j’ai pu ; mais je paye trop cher les moments que je passe avec vous. J’aime mieux vous le dire et j’ai bien fait, parce que je souffrirai bien moins pour m’en guérir à présent si vous me fermez votre porte. Cette nuit, pendant que[10]… j’avais résolu de vous faire dire que j’étais à la campagne, mais je ne veux pas vous faire de mystères ni avoir l’air de me brouiller sans sujet. Maintenant, George, vous allez dire encore un qui va m’ennuyer ! comme vous dites ; si je ne suis pas tout à fait le premier venu pour vous, dites-moi, comme vous me l’auriez dit hier en me parlant d’un autre, ce qu’il faut que je fasse. Mais je vous en prie, si vous voulez me dire que vous doutez de ce que je vous écris, ne me répondez plutôt pas du tout. Je sais comme vous pensez de moi, et je n’espère rien en vous disant cela. Je ne puis qu’y perdre une amie et les seules heures agréables que j’ai passées depuis un mois. Mais je sais que vous êtes bonne, que vous avez aimé, et je me confie à vous, non pas comme à une maîtresse, mais comme à un camarade franc et loyal. George, je suis un fou de me priver du plaisir de vous voir pendant le peu de temps que vous avez encore à passer à Paris, avant votre départ pour l’Italie où nous aurions passé de si belles nuits, si j’avais de la force. Mais la vérité est que je souffre et que la force me manque. Alfd Mt. LETTRE N° 11. S’il y a dans les feuilles que je viens de lire une page où vous ayez pensé à moi, et que je l’aie deviné, je vous remercie, George. [11] Je voudrais que vous me connussiez mieux, que vous voyiez qu’il n’y a dans ma conduite envers vous ni rouerie ni orgueil affecté, et que vous ne me fassiez pas plus grand ni plus petit que je ne suis. Je me suis livré sans réflexion au plaisir de vous voir et de vous aimer. — Je vous ai aimée, non pas chez vous, près de vous, mais ici, dans cette chambre où me voilà seul à présent. C’est là que je vous ai dit ce que je n’ai jamais dit à personne. — Vous souvenez-vous que vous m’avez dit un jour que quelqu’un vous avait demandé si j’étais Octave ou Cœlio, et que vous aviez répondu tous les deux, je croîs. — Ma folie a été de ne vous en montrer qu’un, George, et quand l’autre a parlé, vous lui avez répondu comme à[12] À qui la faute ? À moi. Plaignez ma triste nature qui s’est habituée à vivre dans un cercueil scellé, et haïssez les hommes qui m’y ont forcé. Voilà un mur de prison, disiez-vous hier, tout viendrait s’y briser. Oui George, voilà un mur ; vous n’avez oublié qu’une chose, c’est qu’il y a derrière un prisonnier. Voilà mon histoire toute entière, ma vie passée, ma vie future. Je serai bien avancé, bien heureux, quand j’aurai barbouillé de mauvaises rimes les murs de mon cachot ! Voilà un beau calcul, une belle organisation de rester muet en face de l’être qui peut vous comprendre, et de faire de ses souffrances un trésor sacré pour le jeter dans toutes les voieries, dans tous les égouts, à six francs l’exemplaire ! Pouah ! Plaignez-moi, ne me méprisez pas. Puisque je n’ai pu parler devant vous, je mourrai muet. Si mon nom est écrit dans un coin de votre cœur, quelque faible, quelque décolorée qu’en soit l’empreinte, ne l’effacez pas. Je puis embrasser une fille galeuse et ivre morte, mais je ne puis embrasser ma mère. Aimez ceux qui savent aimer, je ne sais que souffrir. Il y a des jours où je me tuerais mais je pleure ou j’éclate de rire, non pas aujourd’hui, par exemple. Adieu, George, je vous aime comme un enfant. ↑ La 1re lettre de George Sand à Alfred de Musset est datée de Venise. Aucune de celles qu’elle a pu lui écrire précédemment ne m’a été remise. Aucune n’avait été copiée, ni même vue par M. Aucante. George Sand tenait surtout à se justifier d’avoir été la maitresse de Pagello, alors qu’elle aurait encore été celle de Musset. C’est pourquoi elle a dû regarder comme étant sans intérêt les réponses qu’elle a pu faire à ce dernier dans les débuts de leur liaison. ↑ C’était un fragment inédit de Rolla. ↑ Il avait eu des crampes d’estomac jusqu’à s’évanouir. ↑ C’était pour voir un feu d’artifice, probablement celui de la fête du roi, où elle a été en effet sans lui. ↑ Il s’était habillé en pierrot et avait mystifié une personne qui n’était pas, comme on l’a raconté et imprimé, Mr de la Rochefoucauld. ↑ Il avait fait la charge de plusieurs personnes, la sienne, celle de G. S., celle de Buloz, etc. Il dessinait remarquablement. ↑ Bonsoir, je sais triste aujourd’hui. ↑ L’en-tête de cette lettre est orné d’un dessin à la plume représentant une dame vue de dos et tenant par la main deux enfants qui portent des joujoux. ↑ N° du 28 juillet 1833. ↑ Ces deux derniers mots biffes à la plume par G. Sand, et la ligne suivante coupée aux ciseaux. ↑ Coupure aux ciseaux, faite par A. de M. ↑ Partie du verso enlevée par la coupure. Alf. de M. semble avoir voulu couper tout ce qui contenait des noms propres.

lettre de george sand à alfred de musset pdf